EDITO. France-Espagne : couleur bleue

Les Bleus joueront ce soir pour l’équipe de France. Pour l’équipe de leur pays. Ils en défendront les couleurs et porteront ainsi l’espoir de tous leurs concitoyens. Et chacun d’entre nous ressentira un même sentiment, sans doute un peu chauvin, pour encourager leur aventure. Ce soir, comme autrefois, comme toujours, nous parlerons d’une même langue, nous battrons d’un même cœur, nous applaudirons, nous scanderons leurs noms comme des supporters unanimes. Et tant pis pour tous ceux qui voudraient nous faire croire que ces Français ne sont pas la France.

Le racisme est une injure à l’humanité. L’ancien président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a osé prétendre que notre équipe n’était pas « purement » française – entendez : ces joueurs sont noirs, la couleur de leur peau devrait donc leur interdire de défendre un pays européen, sous-entendu un pays blanc et catholique. On croyait ce genre de raisonnement depuis très longtemps disparu – de sales paroles qui rabougrissent à jamais ceux qui les profèrent. Et que penser – s’il faut en penser quoi que ce soit – des propos dégueulasses de cette sénatrice paraguayenne assimilant Kylian Mbappé à un descendant de chimpanzé ? Un dégoût. Un inqualifiable dégoût.

Le football est une discipline mondiale qui dépasse les frontières. L’origine des professionnels qui y jouent importe peu. Et, forcément, un pays comme la France, riche de tous ceux qui le peuplent, qui, depuis des siècles, s’y sont retrouvés, y ont posé leurs bagages et l’ont peu à peu bâti, ont fondé des familles et y vivent depuis des générations – un tel pays multiculturel, où le « droit du sol » prime sur le « droit du sang », témoigne par ses principes fondamentaux de la diversité humaine.

Pour peu qu’on s’en tienne au football, qui en viendrait à renier la nationalité française du Polonais Kopa, de l’Italien Platini, ou de l’Algérien Zidane, qui reprocherait à Just Fontaine d’être né à Marrakech ? Qui pourrait encore s’offusquer que Kylian Mbappé est né dans le 19e arrondissement de Paris ?

La France n’est pas une couleur de peau mais une république peuplée de citoyens. Dès l’école, on y apprend l’égalité, la fraternité, on y combat le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Et, pour peu qu’une parole publique dérive, qu’un responsable politique ou un chroniqueur s’en prend aux origines d’une communauté ou à sa religion, des voix s’élèvent aussitôt pour les dénoncer.

D’ailleurs, ce 14 juillet, fête de la République et de l’unité nationale, est une date qui convient parfaitement pour rappeler à ceux qui l’auraient oublié que tous les citoyens français naissent libres et égaux. Et qu’il n’y a dans le monde qu’une seule race : la race humaine.

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