En désignant un banquier pour gérer sa dette, le Sénégal amorce un «probable changement de stratégie»

Nommé le 11 juin dernier par décret présidentiel à la tête du nouvel organe unique chargé de gérer la dette sénégalaise dont la création représente, à elle seule, un vrai virage stratégique, l’ex-dirigeant d’Afrika Banque Sénégal Babacar Touré affiche un profil atypique dans l’administration publique.

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Avec notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff

Nommé il y a trois semaines, le nouveau gouvernement sénégalais se met en ordre de bataille pour gérer la dette colossale du pays qui atteint 132 % du PIB, comme en témoigne les 25 nominations qui ont eu lieu au sein du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan. Parmi elles, l’une, en particulier, n’est pas passée inaperçue : celle de Babacar Touré, un banquier issu du secteur privé, qui va diriger un nouvel organe unique chargé de gérer la dette. Son nom : la Direction générale des financements et de la dette. Pour l’accompagner, neuf autres fonctionnaires ont également été désignés.

Babacar Touré, qui dirigeait depuis un peu plus de trois ans Afrika Banque Sénégal où il travaillait depuis 10 ans, est décrit comme un bon connaisseur des systèmes d’emprunts et des marchés financiers. La nomination de ce profil atypique dans l’administration publique « envoie un signal positif pour parler aux banquiers et aux partenaires financiers internationaux », estime l’économiste Seydina Alioune Ndiaye, quand un entrepreneur, qui tient à garder l’anonymat, juge lui qu’elle est aussi le signal « d’un probable changement de stratégie du Sénégal ».

Un gage au FMI

À elle seule, la création de cette nouvelle direction unique, le 11 juin dernier, par décret présidentiel, représente en effet un vrai virage stratégique dans un pays où, jusqu’à présent, la gestion de la dette publique était assurée – de la mobilisation des financements au remboursement – par quatre institutions différentes (la Direction de la dette publique, la Direction de l’ordonnancement des dépenses publiques, la Direction de la coopération économique et financière et le Comité national de la dette publique, chacune sous la tutelle d’un ministère différent), ce qui n’était pas sans compliquer la compilation des données et le suivi des risques.

En créant cette nouvelle structure, le Sénégal répond par ailleurs à une recommandation de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) remontant à 2007 qui, en vue d’une « gestion saine et rigoureuse des finances publiques », demandait à ses États membres de désigner une « autorité unique » pour gérer les emprunts. Une recommandation reprise depuis par le Fond monétaire international (FMI)… 

En la réalisant aujourd’hui, Dakar donne donc des gages à ce dernier qui en avait fait une recommandation dès 2023 – soit bien avant la découverte d’une dette cachée au Sénégal. Des gages d’autant plus grands que l’annonce est intervenue alors que l’une des équipes du FMI se trouve dans la capitale sénégalaise jusqu’à ce vendredi 19 juin.

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