En Haïti, les défis immenses qui attendent la nouvelle Force de répression des gangs (FRG) – La fabrique du monde

Après deux semaines d’entraînement, la nouvelle force d’intervention en Haïti est censée commencer ses opérations cette semaine. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est très attendue.

Les gangs qui contrôlent désormais 90 % de la capitale, Port-au-Prince, ne cessent de progresser. Presque 400 personnes sont mortes le mois dernier dans les affrontements entre groupes armés à Cité Soleil et à Croix-des-Bouquets. Ces violences ont poussé des milliers de personnes à fuir leur maison. La puissance des gangs est telle que l’un d’eux a pris le contrôle d’une centrale électrique près de Port-au-Prince, c’était la semaine dernière. Alors que la capitale est secouée par des pannes d’électricité, les hommes armés réclament huit heures de courant par jour pendant la Coupe du monde, à laquelle les Grenadiers, l’équipe nationale, participent pour la deuxième fois de leur histoire. Cette occupation de la centrale a été très commentée dans les médias haïtiens, qui parlent d’une énième humiliation des autorités de l’État. Un État qui, selon la presse locale, ne cesse de reculer face aux gangs.

En quoi la nouvelle mission d’intervention est différente de la précédente ?

La précédente force, la MMAS, dirigée par les Kényans, était sous-équipée et sous-financée. Elle n’a jamais dépassé les 400 policiers. La nouvelle force se veut plus robuste. Elle doit, à terme, atteindre 5 500 hommes, dont la plupart seront des militaires, avec le mandat de procéder à des arrestations. Son chef, un général mongol, a pris ses fonctions il y a deux semaines. Leur priorité sera, dans un premier temps, de sécuriser les infrastructures critiques telles que les ports, les aéroports et les principaux axes routiers. Sachant qu’aujourd’hui tous les accès à Port-au-Prince sont contrôlés par les gangs. Mais la tâche de la FRG reste un défi immense. Pour l’instant, leur force de frappe se résume à 800 soldats, fournis par le Salvador, le Guatemala et le Tchad. En face, près de 200 gangs sont actifs dans le pays, dont la moitié sévit à Port-au-Prince et dans ses alentours. Et d’après l’ONU, la moitié des membres de gangs sont des enfants. Ce qui rend les opérations de la force de répression des gangs particulièrement délicates.

L’objectif final n’est plus d’éradiquer complément les gangs

La communauté internationale a mis de l’eau dans son vin. On ne parle plus d’en finir une fois pour toutes avec les groupes armés, mais d’affaiblir leur capacité opérationnelle – par exemple celle d’occuper une centrale électrique – et de permettre à la police, donc à l’État, de reprendre petit à petit des territoires aujourd’hui occupés par les gangs. Une situation qui est un cauchemar pour les habitants, qui font en plus face aux violences de la police. L’ONU dénonçait récemment des exécutions extrajudiciaires menées par la police et par des mercenaires de la société Vectus Global, des exactions commises en toute impunité. En tout cas, du succès ou non de la FRG dépendra aussi l’organisation des élections dans le pays. Le dernier scrutin remonte à neuf ans et demi. Officiellement, le gouvernement veut encore organiser des élections cette année, mais personne n’y croit vraiment.

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