Dominique Fils-Aimé croit que l’amour peut tout guérir. On ne sait pas si elle a raison, mais une chose est certaine : sa musique, qui s’en inspire, a le pouvoir d’apaiser. On en a eu la preuve samedi, lors du premier de deux spectacles présentés lors du Festival de jazz, où elle a exercé sa magie de guérisseuse.
Avec cinq albums en huit ans, l’autrice-compositrice-interprète montréalaise s’est peu à peu hissée parmi une certaine élite mondiale du jazz vocal. Ces deux soirées à Montréal ne sont qu’un arrêt dans le cadre d’une grande tournée nord-américaine et européenne, lancée en février avec la sortie de son album My World Is the Sun – les dates québécoises sont prévues pour l’automne.
Samedi soir, « à la maison », la charismatique chanteuse s’est transformée en grande prêtresse de l’amour universel devant un Théâtre Maisonneuve qui ne demandait qu’à se laisser envelopper dans son univers un peu mystique. Psalmodies, mantras : il y a un aspect incantatoire dans les chansons de Dominique Fils-Aimé, souvent faites des quelques phrases répétées. Elle les interprète debout à côté d’une espèce de lutrin, ou d’autel, sur lequel elle s’appuie parfois, ajoutant à l’atmosphère spirituelle.
« C’est mon cinquième album, et ma cinquième fois au Festival de jazz. Ils sont là depuis le début », a souligné fièrement la chanteuse après les deux premières chansons. Puis elle nous a invités à nous déposer dans cet autre espace-temps qu’est le spectacle… et nous a rappelé que pour cette raison, les moments pour applaudir seraient rares, histoire de s’immerger complètement dans son monde.
« Bienvenue dans notre journée ensemble », a-t-elle ajouté avant de chanter We Are Light, Sun Skin et Sun Rise, devant un éclairage jaune en forme de demi-cercle, qui rappelait justement l’astre solaire – sa tournée ne s’appelle pas The Sunshine Tour pour rien.
PHOTO ANDREJ IVANOV, COLLABORATION SPÉCIALE
Dominique Fils-Aimé au Théâtre Maisonneuve
Le concert est ainsi divisé par tableaux de plusieurs chansons enchaînées les unes aux autres, avec des ambiances lumineuses qui se transforment en suivant le déroulement d’une journée. Entre chacun, la chanteuse a reçu des applaudissements nourris – il faut quand même qu’on puisse manifester notre appréciation ! –, parlé un peu de sa démarche, et de tout le bien qu’elle espère pour chacun de nous. Elle nous a même fait souvent rigoler – elle est loin, l’artiste légèrement figée qu’on avait vue dans la petite salle de l’Astral en 2019.
Si tout le potentiel était déjà là, on avait devant nous samedi une artiste en totale maîtrise de son monde, et de sa manière de le raconter.
Il y a la voix d’abord, soyeuse et nuancée, toujours juste, qui parfois se mêle aux instruments, et d’autres fois s’en détache avec puissance. Il y a la gestuelle élégante, les bras qui bougent avec grâce, les doigts qui frémissent, le corps droit qui tangue parfois doucement, qui ajoute à l’interprétation déjà incarnée.
Et il y a la musique, bien sûr. My World Is the Sun est peut-être le moins jazz des cinq albums de Dominique Fils-Aimé. Pourtant, même si elle en joue pratiquement l’intégralité — plus de la moitié des 21 chansons —, la soirée est jazz. Très jazz. Parfois classique, parfois fusion, parfois très free, grâce à un groupe de musiciens de haut calibre-Hichem Khalfa à la trompette, David Osei-Afrifa au clavier, Étienne Miousse à la guitare, Harvey Bien-aimé à la batterie et Danny Trudeau à la basse.
PHOTO ANDREJ IVANOV, COLLABORATION SPÉCIALE
Dominique Fils-Aimé et le trompettiste David Osei-Afrifa.
Chaque solo, chaque envolée, était exactement à sa place. Et la chanteuse et sa troupe nous ont entraînés dans des mondes introspectifs ou exaltés, où la musique pouvait se désagréger puis revenir en puissance, être chuchotée pour mieux nous toucher. En toute cohésion et en même temps en toute liberté, et surtout toujours avec une espèce de légèreté – on respire beaucoup dans la musique de Dominique Fils-Aimé, qui cherche d’abord à élever.
Avant de passer à la dernière portion du spectacle, où elle a fait entre autres une magnifique interprétation de Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai de Cabrel, Dominique Fils-Aimé nous a parlé une dernière fois.
« Ce que je préfère dans la vie, c’est l’amour. Et dans ces moments où on se retrouve ensemble, sans nos cellulaires, il y en a beaucoup. C’est comme une révolution », a-t-elle dit, nous invitant à utiliser les réseaux sociaux pour autre chose que nous battre entre nous. « Il faut combattre la division, et l’IA qui nous vole notre job ! »
C’est drôle, on n’a pas d’inquiétude pour elle : le jour où une machine pourra remplacer un tel concentré d’âme, de joie et de beauté n’est pas venu.
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