La maladie de Charcot empêche Charles Bietry, l’ancien patron des sports de Canal +, de parler. Grâce à l’intelligence artificielle, un podcast en quatre épisodes réalisé par Nathalie Iannetta, la directrice des sports de Radio France, lui redonne la parole. Celle d’un homme heureux, drôle, et qui bataille pour la loi instaurant un droit à l’aide à mourir.
Alors que l’équipe de France s’apprête à affronter l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde, les amateurs du ballon rond seront sans doute nombreux à penser aux commentaires aussi enthousiastes qu’avisés d’un des plus célèbres commentateurs de manifestations sportives. Ceux de Charles Biétry, l’ex-directeur des sports de Canal +, qui ont marqué une époque. Aujourd’hui, la sclérose latérale amyotrophique ou maladie de Charcot prive de la parole l’ancien journaliste de 82 ans. Mais sa vivacité d’esprit, son sens de l’humour et de la répartie, eux, sont restés intacts.
Nous les faire entendre à nouveau, c’est le pari du podcast de France Inter Charles Biétry, son dernier match. Au micro, la directrice des sports de Radio France, Nathalie Iannetta, une des journalistes qui a fait ses premiers pas professionnels à ses côtés. Pendant plusieurs jours, elle a échangé avec Charles Biétry des questions et des réponses par écrit. Et le podcast leur donne vie à l’oral, avec la voix de Charles Biétry lui-même, reconstituée grâce à un outil d’intelligence artificielle à partir d’archives sonores. Mais au-delà de la prouesse technique, l’important tient au contenu de l’échange.
« Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de mal mourir »
On y entend un homme qui confie, en dépit de son déclin physique : « J’arrive encore à être heureux. » Heureux de pouvoir encore échanger quelques balles de ping-pong avec ses petits-enfants. Heureux d’une victoire du PSG. Heureux de vivre dans sa maison bretonne, entouré de l’amour des siens. Heureux de repousser la mort, d’une échéance à l’autre. Paris 2024 ? C’est fait. Les municipales ? Aussi. L’élection présidentielle ? Moins sûr. « Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de mal mourir. »
Autrement dit, dans d’horribles souffrances physiques pour lui, psychologiques pour sa femme, ses deux enfants et ses quatre petits-enfants. Alors, il se bat. Pour qu’entre enfin en vigueur en France la loi permettant de demander l’aide à mourir*, ce qui lui éviterait d’aller mettre fin à ses jours en Suisse, le moment venu. « Ma liberté, c’est de choisir de mourir tranquille à l’instant qu’on choisira ensemble [sa famille et lui, ndlr]. »
« On continue à rire tous les jours »
À ses côtés, Monique, sa femme depuis 47 ans. Elle aussi s’exprime dans le podcast. « On continue à rire tous les jours », confie-t-elle. Elle s’émeut de voir son mari tenté de se lancer dans un sport adapté, le tennis fauteuil par exemple. Elle dit son amour, son admiration, leur résilience commune : « Je le connais par cœur mais, là encore, il m’épate. »
L’autrice du podcast ne reste pas neutre non plus. Nathalie Iannetta confie sa reconnaissance à celui qui fut son premier chef et l’a formée. « Merci d’avoir changé ma vie professionnelle et ma vie. »
Une ode à la vie à glisser entre toutes les oreilles
Sans jamais tomber dans le pathos, tout en retenue, ces quatre épisodes, d’une durée de 11 à 15 minutes, forment un tout très émouvant. Un podcast qui touche au plus près ce qui compose notre humanité, les questions existentielles qu’on doit se poser, les doutes les plus intimes.
Une ode à la vie, à glisser entre toutes les oreilles, y compris de celles et ceux que le sport n’intéresse pas. Et sans attendre que, comme il l’envisage dans un sourire, Charles Biétry ne s’occupe de créer, à la demande de Dieu, « s’il existe », la chaîne Canal Paradis pour continuer à suivre les compétitions et les matchs de là-haut.
* La proposition de loi relative à l’aide à mourir doit être définitivement adoptée par l’Assemblée le 15 juillet.
L’intelligence artificielle au secours des voix qui se sont tues
À partir d’enregistrements, certaines intelligences artificielles génératives sont capables de reproduire la voix de celles et ceux qui ne peuvent plus parler, du fait d’une maladie neuro-évolutive par exemple. Une fois reconstituée, c’est alors une voix de synthèse qui parle et dit ce que les personnes concernées écrivent sur leur tablette ou leur ordinateur. Charles Biétry est équipé de My-Own-Voice d’Acapela Group, une solution qu’il utilise au quotidien.
Pour aller plus loin
La Dernière vague, Charles Biétry, Éd. Flammarion, 2025, 352 p., 20 €.
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