Le mirage du « Pays-Solution » : quand son effondrement institutionnel sous Tshilombo expose l’humanité à des risques pandémiques exponentiels
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À Kinshasa comme dans les chancelleries occidentales, un narratif séduisant s’est imposé ces dernières années : la République démocratique du Congo (RDC) serait le « Pays-Solution ». Deuxième poumon vert de la planète grâce au Bassin du Congo, réservoir mondial de cobalt, de lithium et de cuivre indispensables à la transition énergétique, la RDC a trouvé une alléchante formule pour promettre, assurer et se vendre élégamment au monde comme le garant naturel de l’avenir climatique et technologique de l’humanité. Mais, les financements internationaux générés par cet appât s’évaporent dans une corruption systémique et chronique dont la recrudescence est incontrôlable.
Ainsi, derrière la vitrine diplomatique et les slogans de communication, la réalité du terrain impose un constat alarmant : le Congo n’est pas en train de devenir une solution ; au contraire, elle s’enfonce inexorablement dans une déliquescence institutionnelle absolue. Et en fermant les yeux sur cette faillite annoncée au nom d’un pragmatisme déplacé ou de la complaisance politique, la communauté internationale commet une erreur stratégique tragique, aux répercussions incalculables. La crise congolaise n’est plus un simple drame local ou une querelle de pouvoir entre prévaricateurs à Kinshasa. Elle expose le monde à une menace majeure de rupture systémique pour l’équilibre global.
Une évolution explosive pour l’humanité
Certes, depuis l’ascension de Tshilombo au sommet de l’Etat, le Congo est un foyer de risques systémiques croissants ; mais peut-on vraiment parler d’une bombe à retardement pour l’humanité au sens épidémiologique mondial ? Ceux qui chargent la kakistocratie de Tshilombo ne le font pas gratuitement ; ils décrivent un État congolais manifestement en décomposition avancée :
- Recul sur tous les indicateurs internationaux (Fonds monétaire international (FMI), Groupe de la Banque mondiale, banques régionales de développement, Banque africaine de développement (BAD)) ;
- État absent sur de larges portions du territoire ;
- Groupes armés contrôlant des zones entières (M23 en tête) ;
- Système sanitaire en ruine, incapable de contenir Ebola ;
- Cohésion nationale fracturée, discours identitaires explosifs ;
- Gouvernance centrée sur la survie du régime, pas sur l’État ;
- Processus électoral irréalisable, ouvrant la voie à un glissement ou à un changement constitutionnel en vue de privatisation de l’Etat congolais…
Sans forcément chercher à provoquer des polémiques, les réalités décrites, un effondrement étatique évident, ne peuvent qu’heurter ceux qui développent le discours paradoxal d’un messie en voie de sauver le Congo. Néanmoins, l’État congolais est bien en déliquescence tragique à divers niveaux de la vie sociale et c’est donc un multiplicateur de risques ; notamment sur le plan sanitaire.
Le Congo étant un foyer endémique avéré depuis des décennies, comment espérer contenir des épidémies sur un territoire infiniment morcelé par des foyers de rébellions armées ? Ebola et Marburg tuent vite et se propagent massivement hors des zones touchées suite aux déplacements internationaux dans les régions de combats. Corrélativement, la gouvernance actuelle du pays ne laisse pas entrevoir une accalmie se dessiner à l’horizon. Changer la Constitution pour maintenir au pouvoir le même régime est un risque majeur.
L’illusion du temps et le piège du glissement
Face à la détérioration de tous les indicateurs – sécuritaires, sociaux, économiques et sanitaires -, certains plaident encore pour la patience. Il faudrait « laisser du temps » au pouvoir en place pour redresser un géant affaibli par des décennies de crises. C’est un excès surréaliste d’optimisme !
C’est même se méprendre sur la véritable nature du problème. L’expérience montre que prolonger le mandat d’un régime sans exigences de réformes structurelles ne produit pas de la stabilité ; au contraire, cela finance plutôt l’accélération du délabrement. Car, lorsqu’un régime prévaricateur confirmé renonce à ses charges régaliennes pour se concentrer sur sa propre survie politique, le vide n’est pas comblé par des institutions, mais par le clientélisme, l’impunité, la sous-traitance de la sécurité à des milices armées. Le glissement institutionnel craint n’est pas une transition douce, c’est l’incubateur du chaos.
Le maillon faible de l’économie et de la santé mondiales
En laissant ce géant de plus de 100 millions d’habitants s’effondrer sur lui-même et dans une région déjà surchauffée par multiples tensions de voisinage, la société internationale s’expose fatalement à un triple danger planétaire :
- Une menace sanitaire globale : le Bassin du Congo est l’un des plus grands foyers zoonotiques du globe. À l’ère de l’hyper-mobilité internationale, abandonner la gestion de la santé publique dans une région aussi ravagée par les conflits permanents et les épidémies récurrentes (Chikungunya, Dengue, Bundibugyo, Marburg, Ebola, Mpox), c’est priver l’humanité de son premier rideau de détection et de confinement épidémiologique ;
- Une vulnérabilité industrielle aux allures dramatiques : l’économie numérique et la transition verte (utiliser les énergies propres et réduire la pollution) reposent sur une chaîne d’approvisionnement stratégique dont le principal maillon (central) – le sous-sol congolais – est dépourvu d’État régulateur. Ici, il y a constamment le risque élevé d’un arrêt brutal des flux à la suite d’une paralysie interne au Congo ou d’un embrasement régional généralisé qui provoquerait un choc d’approvisionnement massif à même de handicaper les industries technologiques mondiales ;
- Un sanctuaire pour le crime transnational : l’absence d’autorité centrale efficace dans ce gigantesque pays crée d’immenses territoires de non-droit où prospèrent divers prédateurs, les trafics illégaux, le pillage des ressources par des réseaux régionaux et le financement de groupes armés, déstabilisant durablement l’ensemble de l’Afrique centrale…
Pour un changement de paradigme
Il est temps de sortir de la naïveté diplomatique. La RDC ne pourra jamais être une « solution » pour la planète tant qu’elle demeurera un problème tragique insoluble pour ses propres citoyens. L’impéritie manifeste du régime actuel sur le terrain dément cruellement la mission de redressement du pays prêtée à Félix Tshisekedi ; selon toute vraisemblance les choses vont de mal en pis.
Continuer alors à cautionner un slogan marketing pour masquer l’incapacité avérée de ce régime à bâtir un véritable État, et de droit en sus, c’est préparer le terrain à une crise d’une ampleur incontrôlable. Le monde n’a pas besoin d’un Congo fournisseur de matières premières dans un océan d’instabilité ; il faut un Congo souverain, doté d’institutions viables, d’une armée républicaine et d’une administration capable de protéger sa population et ses frontières.
La communauté internationale est-elle frappée d’aveuglement ? Parce qu’il ne s’agit plus de faire de la charité ni d’accorder des chèques politiques en blanc. Il s’agit de neutraliser une bombe à retardement dont les déflagrations, si rien ne change sitôt, ne s’arrêteront pas aux frontières du continent africain.
Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa
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