Frédéric Bourgeois
Publié le
Avec le départ du lieutenant Loïc Lichti pour l’outre-mer, le commandement de la brigade de gendarmerie de Bayeux (Calvados) sera assurée pour deux ans par le major Daniel, son adjoint. Les deux militaires vont vivre une nouvelle aventure avec le même sens du devoir, sous des latitudes différentes. Ils reviennent sur les nombreux défis qu’ils ont eu à relever dans le Bessin et évoquent les perpectives qui s’ouvrent deuvant eux.
« Des missions passionnantes pour un jeune lieutenant »
« Il y a eu beaucoup de défis à relever. » Le lieutenant Loïc Lichti a eu la charge de commander la brigade territoriale autonome de Bayeux depuis août 2023, pour son premier poste en gendarmerie départementale.
Âgé de 28 ans, il va emporter dans son paquetage le souvenir d’une première affectation de trois ans riche en rebondissements dans le Bessin.
« Avec des missions passionnantes pour un jeune lieutenant, notamment autour de la préparation et de la sécurisation du 80e anniversaire du Débarquement et le passage de la flamme olympique sur Omaha Beach et à Bayeux en 2024, ou encore le départ de la 6e étape du Tour de France en 2025. »
Les grands événements qui rythment la vie du territoire de la compagnie de Bayeux n’en sont pas pour autant l’essentiel, l’activité opérationnelle réservant d’autres réjouissances aux 120 militaires de la compagnie de Bayeux en général, et aux 28 gendarmes de la brigade territoriale autonome de Bayeux en particulier.
« Le commandement, c’est gratifiant mais aussi très exigeant »
Pour mener de front toutes les missions qui leur sont dévolues, les gendarmes doivent pouvoir compter sur leur commandant.
« Le commandement, c’est gratifiant mais aussi et surtout très exigeant », admet le lieutenant Lichti. « Il faut aussi savoir s’appuyer sur les sous-officiers, qui sont des techniciens, et sur son adjoint. Être en mesure d’apporter des arguments. De féliciter, de recadrer si besoin, et, surtout, de trancher. »
Au-delà de l’esprit militaire qui huile les rouages de la chaîne de commandement, le patron d’une brigade n’a pas trente-six solutions pour avoir la complète adhésion de ses hommes. Il faut mouiller le maillot.
« Je n’ai pas compté mes heures, entre la présence sur le terrain et la gestion administrative. » Mais c’est bien pour le terrain et l’action que Loïc Lichti a choisi la gendarmerie.
Originaire d’un village de 1 500 habitants près d’Haguenau, en Alsace, Loïc Lichti a 19 ans quand il s’engage comme réserviste dans le 54ᵉ régiment de transmissions d’Oberhoffen-sur-Moder, tout en suivant des études à Sciences Po Strasbourg.
« Je suis le premier militaire de la famille et j’ai toujours voulu faire l’armée parce qu’elle incarne le dépassement de soi, la culture de l’engagement et l’esprit de corps », expliquait-il à La Renaissance le Bessin lors de son arrivée à Bayeux, à la sortie de l’école des officiers de Melun.
« L’appel de l’aventure »
Rompu aux missions de gendarmerie départementale, « de l’ivresse sur la voie publique à l’individu armé retranché chez lui », Loïc Lichti a pu constater « que le Bessin n’est épargné par aucun phénomène de délinquance. » Toutefois, la prochaine affectation du lieutenant en Amérique du Sud va lui faire voir du pays. Loïc Lichti va changer de braquet en devenant deuxième adjoint au commandant de compagnie de la gendarmerie de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane.
La Guyane, c’est l’appel de l’aventure. La gendarmerie, c’est aussi la possibilité de découvrir l’outre-mer. La Guyane était d’ailleurs mon premier vœu, mais il n’est pas forcément le plus adapté aux jeunes gendarmes.
Le futur numéro 3 de la gendarmerie de la plus grande ville de Guyane française (plus de 40 000 habitants) le sait déjà, la criminalité sur place n’a aucun rapport avec celle à laquelle il a été confronté jusqu’ici.
« Ce sera une chance de découvrir un nouveau territoire et de renforcer mes compétences opérationnelles en matière de sécurité publique générale dans un cadre plus dégradé. » Pour autant, le militaire n’a qu’une hâte : « Y aller ! Je quitte mes fonctions à Bayeux le 1er août 2026 et je pars pour trois ans. Je sais que ce sera difficile, mais je suis prêt à relever ce nouveau défi. »
Le major Daniel, nouveau patron de la brigade de Bayeux
Arrivé à la brigade de Bayeux comme adjoint le 1er juin 2020, le major François Daniel va assurer le commandement pendant les deux prochaines années.
« C’est une véritable satisfaction », sourit le militaire de 59 ans qui ne se voyait pas partir à la retraite. « Je suis encore trop en forme pour ça ! » Lui qui a connu trois lieutenants depuis son arrivée dans l’effectif de la compagnie de Bayeux a aussi connu diverses affectations près de Valenciennes, à Vire et à Flers. Le major est donc un homme expérimenté. Pourtant, il est issu du civil.
« Je suis rentré en gendarmerie sur le tard, à l’âge de 30 ans. J’étais auparavant contrôleur de gestion pour un groupe agroalimentaire après une aventure dans le commerce international à Paris. »
« La volonté de tenir le coup »
C’est le service militaire, effectué en gendarmerie, et les souvenirs de cette aventure partagés entre copains qui auront le dessus.
« Avec les gars rencontrés au service militaire et qui sont restés des amis, on se disait à chaque fois qu’on se voyait qu’on serait prêts à y retourner ! »
En 1997, c’est le point de bascule. Avec le concours des sous-officiers. « Le 16 décembre, du jour au lendemain, j’entre à l’école de gendarmerie du Mans. J’avais déjà deux enfants. Et entamer une carrière militaire à l’âge que j’avais, ça vous apprend à encaisser », confie le major qui avait « la volonté de tenir le coup pour devenir gendarme » chevillée au corps.
« Une fois formé, les collègues oublient que vous êtes un jeune gendarme et, de manière générale, ce n’est pas toujours l’expérience qui fait l’investissement des gens. » Son profil, le major François Daniel en a fait une force.
Ma double expérience, civile et militaire, m’a permis d’avoir d’autres regards sur les situations rencontrées sur le terrain. L’humain, c’est primordial parce que, derrière chaque dossier, il y a quelqu’un qui souffre. Et un auteur dans la nature.
C’est sans doute cet attachement au service à la population qui l’a empêché de raccrocher. « J’ai souhaité poursuivre une dérogation de carrière après 59 ans. J’ai la chance d’avoir obtenu cela tout en restant en poste à Bayeux. Obtenir le commandement de la brigade, alors que jusqu’ici ce sont toujours des officiers qui en ont eu la charge, je le prends comme une forme de reconnaissance. Je ne m’y attendais pas, car Bayeux est une brigade conséquente à l’échelle du département du Calvados, puisque son effectif dépasse les 25 militaires. »
Après 5 mois de tuilage avec le lieutenant Lichti dont il était l’adjoint, le major Daniel est paré pour cette nouvelle aventure. Une aventure qui sera courte mais intense pour marquer sa fin de carrière.
« Je ne vais rien révolutionner, parce que nous le faisons déjà, mais je vais mettre encore plus l’accent sur la sécurité de la population mais aussi des gendarmes en opération. Priorité également aux atteintes aux personnes, en traitant le plus vite possible les dossiers, en tenant compte du temps incompressible de l’enquête. Sur la lutte contre les trafics de stupéfiants, nous miserons sur les enquêtes brèves et nombreuses pour éviter la mise en place de points de deal, en laissant la brigade de recherches mener les enquêtes de plus grande ampleur afin de nous permettre de gagner du temps avec des réponses pénales immédiates, notamment à travers les amendes forfaitaires délictuelles visant les consommateurs sur la voie publique. »
« Les gendarmes sont là »
Permettre à son effectif de jongler avec toutes ces missions, c’est le rôle du commandant de brigade. Et les prises de décisions sont aussi cruciales que l’action de terrain.
« Notre force, c’est notre capacité à gérer un flux de procédures important tout en assurant les patrouilles nocturnes, les actions de prévention, les gardes à vue, les temps de l’enquête… Et pour tout ça, les gendarmes sont là. Ils répondent présent. En tant que chef, cela me touche particulièrement », souligne le lieutenant Lichti. « Mobiliser des forces sur de grandes enquêtes judiciaires, tout en maintenant l’opérationnel, c’est déjà une victoire. »
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