Ouestafnews – La presse ouest-africaine est en deuil. Souleymane Diallo, fondateur emblématique du groupe de presse guinéen Le Lynx, est décédé le lundi 1er juin 2026 au Canada. Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages de confrères, de personnalités politiques, d’universitaires se multiplient pour saluer l’héritage d’un professionnel qui a marqué son époque.
Le défunt Souleymane Diallo était tout simplement « l’immortel pionnier » de la presse guinéenne, estime Boubacar Yacine Diallo, le président de la Haute autorité de la Communication (HAC) de Guinée.
« Nous partagions un même combat viscéral, une véritable obsession : la professionnalisation de la presse privée. », a écrit cet ex-Directeur de la radiodiffusion et de la télévision guinéenne (ORTG) dans un texte publié sur le site du Lynx.
Un « pionnier » de la liberté de la presse en Guinée, c’est aussi ce qu’a écrit le journaliste Serge Daniel, correspondant régional des médias français Radio France internationale (RFI) et France 24 sur le réseaux social X (ex-Twitter).
Souleymane Diallo a ouvert la voie à l’émergence d’une presse libre et indépendante avec la création du Lynx en 1992, dans un contexte où la liberté d’expression était encore balbutiante en Afrique francophone. C’était juste après son retour d’exil. Contraint de fuir le régime autoritaire de Sékou Touré, il avait trouvé refuge en Côte d’Ivoire où il a travaillé pour le quotidien d’État Fraternité Matin.
« Il a fait le pari, contre tous les scepticismes, qu’une parole libre, critique et humoristique pouvait exister et trouver son public en Guinée », a commenté l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo sur sa page officielle sur Facebook.
Souleymane Diallo a pu dénoncer « sans relâche » les abus du pouvoir, sans jamais céder à la peur ni aux pressions et a réussi à faire du Lynx une « institution », a écrit le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).
Pour le de Porte-parole du Gouvernement guinéen, Ousmane Gaoul Diallo, le doyen Souleymane Diallo a « marqué l’histoire » de la République guinéenne par son engagement en faveur d’une presse libre et professionnelle.
Bien au-delà du monde de la presse « orpheline » de son décès, c’est toute la Guinée qui est « lésée », a écrit Tibou Camara, journaliste, écrivain et ancien ministre guinéen. Avec la disparition de l’un des « plus illustres » fils du pays, les patriotes et démocrates guinéens sont « démembrés », estime M. Camara dans un texte, publié par Le Lynx.
L’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Observateur salue la mémoire d’un homme « entièrement dévoué » au service du journalisme indépendant.
Selon le patron de la HAC, Souleymane Diallo s’est battu pour que les journalistes soient respectés, formés et dignes. En reconnaissance de cet engagement, un prix Souleymane-Diallo a été créé en 2021 dans le cadre des Médias Awards de Guinée pour récompenser chaque année la défense de la liberté d’expression.
Son combat pour une presse libre lui a valu intimidations, procès et emprisonnements à plusieurs reprises. En 1995, il a été écroué à cause d’un article sur Miss Guinée Cedeao, puis à nouveau en 1996 pour un article sur l’augmentation des soldes des militaires. Mais ces épreuves n’ont pas entamé sa détermination.
Pour le docteur Yassine Kervella-Mansaré, anthropologue et enseignante-chercheuse, le fondateur du Lynx était avant tout un « intellectuel engagé ». Dans sa tribune publiée par Le Lynx, cette universitaire guinéenne souligne queSouleymane Diallo incarnait une conception « exigeante et courageuse » de la liberté de la presse, à laquelle il demeurait « profondément attaché ».
Figure tutélaire du journalisme indépendant en Guinée, Souleymane Diallo a été élevé au rang de grand officier de l’Ordre national du kolatier, la plus haute distinction guinéenne, en 2022. La même année, une journée d’hommages « anthumes » (de son vivant) lui a été organisée, une rareté pour saluer l’œuvre d’un homme avant son départ.
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