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Défense. La guerre en Ukraine a agi comme un électrochoc, marquant la fin de 30 ans dividendes de la paix en Europe et le retour des conflits symétriques. Un changement total est engagé.
Le Général de corps d’armée Pierre Meyer décrit une rupture majeure : « Nous sommes aujourd’hui face à des guerres de haute intensité. Ce terme est important : ça ne veut pas dire qu’avant il n’y avait pas des phases de haute intensité bien sûr, mais aujourd’hui c’est vraiment le retour de la puissance, le recours décomplexé à la force… ». Il identifie trois marqueurs de ces guerres dites symétriques « avec des puissances qui ont les mêmes moyens technologiques, où il n’y a plus de supériorité aérienne par exemple comme on a pu le connaître avant » : la masse (en termes de quantité d’équipements, munitions déployés, avec une véritable « dronisation » du combat), la profondeur des feux, avec une capacité de frapper toujours plus loin et la transparence totale du champ de bataille due aux satellites, aux capteurs et même aux réseaux sociaux…
Pour faire face à ces défis, l’armée de terre se prépare à un futur dominé par la technologie. Le Colonel Matthieu Debas, adjoint au chef d’état-major du Combat du Futur, évoque un « champ de bataille reconfiguré par l’immersion de la robotique et de l’intelligence artificielle » et où le soldat risque « une saturation cognitive face à la masse de données disponibles, conduisant à un risque d’altération de la décision tactique ». Il prévient que la réactivité sera la clé : « Celui qui vaincra sera celui qui saura s’adapter le plus vite possible ». Il souligne également que la létalité augmente, avec des drones capables de frapper à des milliers de kilomètres, obligeant l’industrie à une accélération sans précédent.
Cette accélération impose un changement de modèle industriel. Le Général de corps d’armée Jean-Marc Duquesne, délégué général du Gicat (groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, 15 Mds€ de CA, 55 000 emplois), rappelle qu’une « guerre symétrique est une guerre industrielle » où la gestion des stocks et des capacités de remplacement est primordiale. Pour lui, la survie des entreprises passe par l’export : « Le business model de l’industrie de défense française doit se rapprocher d’une combinaison à 50/50 de l’achat étatique et de l’export ». Le Général de brigade (2S) Bertrand Boyard, conseiller du président d’Arquus, préconise des coopérations européennes partant de l’industrie : « Une coopération binationale ou trinationale a plus de chances de fonctionner si elle part de la base et que les industriels arrivent à trouver un projet équilibré et économiquement pertinent, plutôt que des États aux systèmes de fonctionnement nationaux parfois trop divergents pour assurer la réussite d’un projet ».
Sur le terrain, des PME régionales relèvent déjà le défi. Gilles Devillers, dirigeant de Methalhom à Étupes, témoigne de cette réussite : « Aujourd’hui la défense représente 20 % de la marge brute totale produite par Métalom ». Son entreprise transforme l’acier pour des équipements majeurs comme le camion Caesar. Sa réussite prouve que l’agilité des PME est le complément indispensable de la puissance des grands donneurs d’ordre pour garantir l’indépendance de la France.
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