Insécurité en Guyane, la police judiciaire mise sur les saisies pour viser le narcotrafic

La mort d’un adolescent de 16 ans, tué par balles à Mont-Lucas le 3 juin, sert de toile de fond à une question qui traverse la Guyane : le territoire a-t-il les moyens de lutter contre l’insécurité ?

Le trafic de drogue, « toile de fond » des violences

Invité en tant que secrétaire départemental adjoint d’Alliance Police Nationale Guyane, Alexandre Labalerie estime que le territoire impose des réponses propres. « On ne peut pas appliquer les mêmes recettes qu’en métropole », affirme-t-il, citant une population jeune en forte croissance et une criminalité tournée vers la drogue, les armes et les escroqueries qui l’alimentent.

Les homicides et agressions violentes ont « souvent, pas exclusivement » le trafic pour arrière-plan, observe le syndicaliste. Sa réponse : une action coordonnée entre les composantes de la police judiciaire, du trafic au blanchiment des profits. L’objectif reste de déférer les mis en cause et d’obtenir des condamnations.

Une réforme « à effectif constant »

Depuis 2019, la création de la direction territoriale de la police nationale (DTPN) a mutualisé des services jusque-là pilotés depuis les Antilles. Alexandre Labalerie y voit des avancées, mais pointe une limite : la réforme s’est faite « à effectif constant ».

Des renforts, promis en avril par le directeur général de la police nationale, commencent à arriver. Pour sa seule brigade, trois agents supplémentaires représentent près de 40 % d’effectifs en plus. « Je pense que notre directeur général a compris qu’il fallait armer la Guyane », estime-t-il.

Les saisies pour financer la lutte

Le représentant syndical défend une logique de rendement. « Si à trois personnes, je fais des saisies pénales à hauteur de 3 millions d’euros, à six personnes, je peux espérer en faire 6 millions », explique-t-il. Or « un policier coûte par an à peu près 100 000 euros », rappelle-t-il : les sommes saisies pourraient financer plusieurs dizaines de postes.

Cyber, finances et écoute des victimes

La Guyane est devenue référente financière pour l’arc Caraïbes. Quinze officiers de police judiciaire y ont été formés à la cybercriminalité et à la criminalité financière, signe d’une spécialisation croissante des services.

Présidente de la Voix des Victimes et secrétaire générale de Force Ouvrière à la CTG, Isabelle Saingainy a salué cette montée en compétences. Entre 2022 et 2026, elle constate une meilleure écoute des plaintes, notamment pour harcèlement et sur les situations de mineurs en danger. « Je ressens l’amélioration », a-t-elle témoigné.

Agir « à la source », la critique d’un auditeur

Frédéric, un auditeur, a contesté une action centrée sur la sanction « lorsque le mal est fait ». Il réclame plus de prévention, sur l’entrée de la drogue comme sur les valeurs des jeunes. « C’est un peu de l’hypocrisie d’agir après », a-t-il lancé.

Alexandre Labalerie reconnaît des marges de progression. Des enquêteurs mènent une veille et ouvrent des « dossiers d’initiative », y compris en matière financière, malgré les limites du nombre. « On peut passer à côté, ça peut arriver », dit-il, plaidant pour un redéploiement et des renforts.

Corruption interne et respect des procédures

Interrogé sur des affaires de corruption visant des policiers, dont certains restent présumés innocents, le syndicaliste rappelle que des mis en cause ont été déférés et jugés, et que des saisies ont permis de récupérer l’argent des trafics. Une juridiction spécialisée est saisie ; il dit sa confiance dans les magistrats.

Il défend une déontologie simple : se dessaisir d’un dossier en cas de lien avec un mis en cause. Plusieurs dérives, dans diverses administrations, tiennent au non-respect de principes de base. « On aurait pu se faire l’économie de certaines procédures si le bon sens avait été respecté », conclut-il.

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