« Je ne suis pas en sécurité ici » : les appels à l’aide d’homosexuels de plus en plus menacés au Sénégal – franceinfo
Au Sénégal, où la répression contre les personnes LGBT+ s’est durcie, de nombreux homosexuels cherchent à fuir un climat de peur et de violences. Grâce à la ligne d’écoute internationale de l’association Stop Homophobie, certains trouvent une oreille attentive et l’espoir d’un départ.
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Sur l’écran de l’ordinateur, une trentaine de noms et de prénoms sont classés dans un tableau Excel. Derrière chacun d’eux, se trouve une personne en détresse parmi les homosexuels qui vivent au Sénégal. Tous ont écrit à l’association Stop Homophobie pour être rappelés sur sa ligne d’écoute internationale. Les bénévoles se répartissent les appels. Frédéric en prend deux pour commencer.
Au bout du fil, il y a Georges (c’est un nom d’emprunt). Il a 30 ans et vit à Dakar. Très vite, il raconte les violences, les humiliations et l’épuisement dans lequel il se trouve. « Au niveau moral, physique, mental, ça ne va pas du tout. Lorsque mon père a su que j’étais gay, il en a informé toute la famille. Je me faisais harceler, humilier, agresser. Les gens sont juste méchants… Ce n’est pas de ma faute si je suis né différent des autres. Je me fais agresser tout le temps. Je compte déménager. J’ai été agressé il y a quelques mois, j’ai même les photos et les vidéos, j’ai tout gardé dans mon téléphone. Au niveau moral, ça ne va plus, ça ne va plus.«
« La seule chose que je veux, c’est quitter ce pays. Je n’en peux plus de vivre dans la peur. »
Georges, résident à Dakarà franceinfo
Le Sénégal a encore durci sa législation contre l’homosexualité, en portant à dix ans de prison la peine encourue pour « acte contre-nature ». Depuis, les associations dénoncent une vague d’arrestations, souvent accompagnées de foules vindicatives, de dénonciations, d’agressions et de tests VIH forcés. Un climat de peur.
« En ce qui concerne Stop Homophobie, on va pouvoir t’accompagner dans une demande de visa humanitaire. La seule chose, c’est qu’il n’y a aucune garantie de l’obtenir« , lui explique Frédéric. Le bénévole lui demande ensuite s’il sait dans quel pays il souhaiterait demander un visa. « Franchement, je n’ai pas de pays au choix. Partout où j’irai, ça me va. L’essentiel, c’est que je quitte ce pays. Où que j’aille, je serai bien. » Avant de raccrocher, Georges tient à remercier les bénévoles « parce qu’on a besoin de quelqu’un à qui parler et vous nous donnez de l’espoir.«
Les appels se ressemblent. Au bout du fil, la même urgence revient : partir, comme chez cet étudiant de 24 ans, lui aussi joint par Frédéric. « Je ne suis pas en sécurité ici« , explique-t-il. Le bénévole lui demande pourquoi il a contacté l’association. « Dans le but de m’aider. Comment faire pour ne plus être ici. Pour fuir, en fait« , lui répond l’étudiant. « D’après ce que je comprends, tu souhaites quitter le Sénégal ? » poursuit Frédéric. « Oui, pour fuir la pression, les jugements.«
La conversation s’interrompt brusquement. « Je ne peux plus parler, il y a quelqu’un à côté. » « Il y a quelqu’un à côté de toi ? Tu veux qu’on se rappelle plus tard ? » lui demande Frédéric. Le jeune homme accepte. L’appel est écourté. « Ça fait aussi partie des appels, explique le bénévole. On s’assure toujours qu’ils ne s’exposent pas à des révélations devant témoin. On préfère interrompre une conversation et la reprendre plus tard.«
Frédéric est français, mais il connaît bien la situation. Il vit au Sénégal depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, il préfère ne pas y retourner. « J’ai appris que la police était passée à mon domicile et avait interrogé mes collaborateurs pour savoir si j’y étais. Mon numéro personnel est apparu dans les téléphones qui ont été saisis sur des personnes arrêtées« , raconte-t-il. Les Sénégalais ne sont pas les seuls à être arrêtés. « Non. Il y a un Français qui a été arrêté le 14 février, un Franco-Espagnol. Il n’y a pas que les Sénégalais.«
Pour ceux restés au Sénégal, fuir apparaît désormais comme la seule issue. C’est ce que confie, par téléphone à Inès Sanoussi, une autre bénévole de Stop Homophobie, Sékou, un étudiant. « Qu’est-ce qui a changé depuis la loi ? » lui demande-t-elle. « Il y a une peur qui s’est installée. J’ai vraiment peur. Est-ce qu’il y a un visa pour que je puisse me réfugier quelque part, pour fuir cette peur ? Je panique depuis que la loi est appliquée. »
« Tout ce que je veux, c’est partir d’ici pour être libre et vivre en toute sécurité parce qu’ici, c’est vraiment la panique. »
Sekou, étudiantfranceinfo
« Si tu es en grand danger, on peux te proposer de partir vers un autre pays africain. La Gambie ou la Mauritanie, c’est possible. Si tu trouves de quoi financer ton billet, tu peux aussi aller au Maroc« , lui explique Inès Sanoussi. « D’accord« , répond simplement le jeune homme. « Sois prudent« , lui conseille-t-elle. « Merci beaucoup« , conclut-il.
Pour Inès Sanoussi, le durcissement de la répression a aussi des conséquences sur le tissu associatif sur place. « Les structures ont elles-mêmes subi des pressions et les militants de ces associations, qui étaient identifiés comme homosexuels, ont pris la fuite et ont arrêté leurs activités. Du coup, il y a une fragilisation de ce qui permettait de soutenir les personnes LGBT+, mais aussi de lutter contre le VIH.«
Désormais, certains renoncent parfois à se rendre à l’hôpital pour récupérer leur traitement, par peur d’être arrêtés ou dénoncés. Cette situation met leur santé en danger et fait craindre une augmentation des risques de transmission du virus.
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