Journée des Coutumes et Traditions au Burkina Faso : Jour de célébrations certes, mais devoir d’examen des consciences personnelles !

Le Burkina Faso commémore, ce vendredi 15 mai 2026, la troisième « Journée des coutumes et traditions ». Cette journée, faut-il le rappeler, entre dans le cadre de la valorisation des coutumes et traditions, en permettant à la religion traditionnelle de retrouver sa place dans la société. Ainsi, le 15-mai est en marche … !

A la question de savoir comment cette journée pourra aider à résoudre le problème actuel du pays, l’homme de lettres et de culture, chef traditionnel et avocat, Me Titinga Pacéré, a, dans une interview accordée le 12 mars 2024 à Lefaso.net sur le sujet, posé à la réflexion : « À mon sens, il faut profiter de cette date pour faire des rituels de pacification et de purification. Il faut que nous fassions notre mea culpa. Il faut que nous reconnaissions que nous nous sommes souvent trompés et que des innocents ont été tués. Et à partir de là, nous évoquons Dieu et les ancêtres pour qu’ils purifient la terre pour nous. Mais surtout nous nous engagions à la paix. Que chacun prenne son voisin comme lui-même. Chacun doit considérer l’autre comme son frère. Quand je dis l’autre, c’est celui qui n’a pas la même religion que moi. L’autre, c’est celui qui ne vit pas dans la même région que moi. Je dois le considérer comme mon frère. Je dois lutter pour sa vie et on doit lutter ensemble. Je souhaiterai que ce 15 mai soit une grande journée d’introspection, de réflexion de nous-mêmes sur nous-mêmes ».

La question fondamentale de ce que doit être le contenu de cette journée, est ainsi portée à travers ce passage de l’interview. Au-delà des spéculations autour, l’idéal ne devrait pas souffrir de partage, à savoir que chaque célébration doit pousser les Burkinabè à être, dans leurs milieux, meilleurs aujourd’hui qu’hier. Cela a d’énormes implications, dont le nécessaire recouvrement de certaines valeurs cardinales, chères à la société.

En effet, aussi multiples et diversifiées qu’elles puissent se présenter, les coutumes et traditions partagent des valeurs, tels que le respect de l’aîné, l’honnêteté, la reconnaissance, le respect de la parole donnée, le souci du bien commun, la solidarité, la compassion envers l’autre. Au regard des attitudes qui font aujourd’hui leur traite, notamment par les réseaux sociaux, et en considération de l’idéal visé, il est de bon ton d’insister que les journées des coutumes et traditions demandent à chaque Burkinabè, de faire au moins un examen de conscience, par une remise en cause personnelle. On ne peut pas se proclamer favorable à ce retour aux sources, en étant collé au quotidien à des comportements aux antipodes des valeurs que tous appellent de leurs vœux pour le bien de la société burkinabè. On a alors l’impression que chacun s’empresse de tenir des propos favorables aux coutumes et traditions, pour ne pas qu’on l’accuse de ne pas en être partisan ou pour simplement faire tendance. On brandit des symboles, des références identitaires, qui tendent à, consciemment ou inconsciemment, diviser les populations, entamer la cohésion sociale.

Dans cette logique, c’est bien dommage que l’ingratitude, l’insolence, l’égoïsme, le mépris de l’autre, la tendance au rabaissement des autres, l’indifférence (on jubile même au malheur de l’autre) et autres dérives langagières soient aujourd’hui érigés en expressions de bravoure. Si on veut le Burkina tant rêvé et clamé, il faut que ces célébrations soient, en tandem avec bien d’autres, un moment pour chacun, de questionnements personnels, en rapport avec les aspirations générales du pays. On ne peut pas être figé sur les mêmes attitudes nuisibles, nocives socialement, et rêver d’un changement général de la société. Les dépositaires le réitèrent à souhait : les coutumes et traditions ne s’accommodent pas avec les tricheries. Autrement dit, elles appellent en la sincérité envers soi, sincérité envers les autres.

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

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