Justice internationale | Sahel : le Mali, le Burkina Faso et le Niger tourneront définitivement le dos à la CPI en 2027

Un an après avoir officiellement notifié leur retrait, le Mali, le Burkina Faso et le Niger quitteront définitivement la Cour pénale internationale (CPI) en juin 2027. Les trois régimes militaires dénoncent une institution « politisée » et « néocoloniale », tandis que la justice internationale et les organisations de défense des droits humains redoutent un recul majeur dans la lutte contre l’impunité.

Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale (CPI) prendra officiellement effet en juin 2027, conformément aux dispositions du Statut de Rome. L’information ressort de documents des Nations unies consultés jeudi par l’AFP.

Les trois pays, dirigés par des juntes militaires qui revendiquent une ligne souverainiste et ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, avaient annoncé conjointement en septembre 2025 leur intention de quitter la juridiction internationale. Ils accusaient alors la CPI d’être un « instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme.»

Des critiques virulentes contre la Cour

Le Niger a été le premier à déposer officiellement sa notification de retrait auprès du Secrétaire général de l’ONU le 18 juin, suivi six jours plus tard par le Mali et le Burkina Faso.

Dans sa notification, Bamako estime que « la distribution d’une justice pénale internationale équitable » est régulièrement compromise par « l’instrumentalisation de la Cour à des fins politiques. »

Ouagadougou affirme, pour sa part, que la CPI « s’est progressivement éloignée de ses idéaux fondateurs », devenant selon les autorités un « outil sélectif et politisé », au détriment de l’impartialité et de l’objectivité.

Le Niger dénonce également un « détournement d’objectif » ainsi que « l’instrumentalisation » de cette juridiction internationale.

Conformément au Statut de Rome, ces retraits entreront en vigueur un an après la notification officielle adressée aux Nations unies.

La CPI et Amnesty International expriment leur inquiétude

La Cour pénale internationale a indiqué avoir « pris note de la situation avec préoccupation », regrettant la décision des trois États sahéliens.

Même inquiétude du côté d’Amnesty International. Son directeur pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, Marceau Sivieude, estime que cette décision « menace de priver des milliers de victimes de la possibilité d’obtenir vérité, justice et réparations.»

Selon lui, quitter la CPI revient pour ces gouvernements à « se soustraire de manière précipitée à leurs obligations en matière de droit international et de justice », une décision qui risque, selon ses mots, de « consacrer encore davantage l’impunité ».

Une institution au cœur des controverses

Créée en 2002, la Cour pénale internationale a pour mission de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves — crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide et crime d’agression — lorsque les juridictions nationales ne sont pas en mesure ou ne souhaitent pas engager de poursuites.

Jusqu’à présent, l’institution comptait 125 États parties. Plusieurs grandes puissances, dont les États-Unis, la Russie, la Chine et Israël, n’en sont toutefois pas membres.

Depuis plusieurs années, la CPI fait également face à des critiques récurrentes, notamment en Afrique, où elle est accusée de cibler principalement des responsables du continent.

Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger intervient alors que ces trois pays restent confrontés à une insécurité persistante liée aux groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Parallèlement, leurs forces armées font l’objet d’accusations récurrentes de violations des droits humains et de crimes commis contre des populations civiles.


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