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Les anciennes puissances esclavagistes occidentales d’Europe et d’Amérique, agissant de concert, se sont passé le mot depuis l’abolition définitive de l’esclavage : « se cantonner autant que possible dans l’immobilisme concernant les Réparations matérielles et financières auxquelles prétendent légitimement les descendants des personnes réduites en esclavage dans les Caraïbes-Amériques et l’Océan Indien ». Un des arguments avancés par l’État français pour justifier cet immobilisme est celui de la prétendue complexité qu’il y aurait à estimer avec précision les sommes à rembourser pour les siècles de travail non rémunéré fourni par les esclaves déportés d’Afrique et leur descendance.
Or, le principal problème n’est pas cette prétendue complexité, mais le fait que pour ce crime hors norme, à échelle multi continentale, les anciennes puissances esclavagistes sont à la fois juge et partie dans un rapport de force inéquitable. Alors même qu’elles sont sur le banc des accusés, elles dictent leur loi, imposent un semblant de calendrier de mesurettes symboliques, arrachées de haute lutte.
Pour mettre un terme à cet immobilisme et entrer dans le temps des Réparations matérielles et financières, je propose comme premier jalon, deux mesures de justice fiscale.
Rappelons qu’après l’abolition définitive de 1848, les milliers de ‘‘Nouveaux Libres’’ des colonies françaises n’ont bénéficié d’aucune mesure d’indemnisation pour le travail gratuit assorti des pires violences qu’ils avaient fourni, d’aucune réforme foncière redistribuant équitablement les terres dont les meilleures restaient aux mains des anciens ‘‘propriétaires’’ d’esclaves. Pire, l’État se soumettant aux exigences du lobby des Planteurs, adopta une mesure d’indemnisation pour la perte de leurs ‘‘biens meubles’’ (entendre leur ‘‘cheptel’’ humain) ! Une spoliation de plus infligée aux personnes esclavisées, désormais libres mais totalement démunies, réduites à constituer une petite paysannerie, un sous prolétariat, main d’œuvre bon marché pour les anciens propriétaires. Des paysans sans terre, contraints de se replier sur les pentes des mornes en Martinique. Les Afro-Américains ont attendu en vain les fameux « 40 acres et une mule » promis par le Général nordiste William T. Sherman en 1865 pour leur participation à la Guerre de sécession.
C’est sur cette toile de fond post-esclavagiste, synonyme de grand dénuement, que nos aïeux discriminés et floués, ont dû se reconstruire en tant qu’êtres humains et, durant ces 178 dernières années, sans aucune aide publique, faire l’acquisition de petites parcelles, constituer un patrimoine à la force de leurs bras. Contraints après des siècles d’injustice, d’acheter des bouts de terre à cultiver pour nourrir leur descendance et y bâtir leurs foyers.
Aujourd’hui, les descendants des victimes des crimes esclavagistes doivent encore payer impôts et taxes sur le patrimoine foncier et immobilier qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. Patrimoine perdu pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer les droits de succession impitoyablement exigés par l’État français. L’injustice perpétuée, érigée en système.
Il est venu le temps de mettre un peu de justice réparatrice au cœur de la société française ! Il est inconcevable qu’il y ait crime contre l’humanité sans réparations, de même est-il hors de toute éthique que les auteurs du crime dictent la loi depuis le banc des accusés.
1 – Je propose que les enfants des Afro-descendants des Antilles et de l’Océan Indien ne soient plus assujettis au paiement des droits de succession pour hériter des terrains et biens immobiliers après le décès de leurs parents.
2 – Je propose que les Afro-descendants ne soient plus assujettis à la taxe foncière dans les ‘‘outre-mer’’ et dans l’Hexagone pour leur résidence principale.
Ces deux mesures permettraient d’ouvrir le temps des réparations matérielles pour les crimes et injustices esclavagistes et de corriger leurs multiples répercutions dans le présent.
18 Juillet 2026, Jocelyn Valton – AICA Sud Caraïbes
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