La narration très singulière de ce documentaire rendait compte des évolutions du Niger dans les années 70, en donnant la parole successivement à Douada Diallo, ministre de l’information, à plusieurs chefs de canton, à des figures locales, et aussi à une voix plus traditionnelle, celle du pêcheur et conteur Daouda Sorko, qui avait déjà été approché quelques années plus tôt par le réalisateur Jean Rouch.
En fil rouge de cette émission, des lectures très peu nigériennes, issues de La Bhagavad Gita, grands textes sacrés de l’hindouisme, et d’un ouvrage de Solange Lemaitre intitulé Le mystère de la mort dans les religions d’Asie (PUF, 1943). Ces lectures n’étaient pas la seule incongruité de cette archive, on y entendait également quelques notes lointaines d’une chanson de Michel Polnareff, échappée d’un transistor.
Education et rôle de la radio
La richesse de la tradition orale nigérienne et son rôle dans la préservation de l’identité culturelle restait très prégnante à la fin des années 1970. Si le gouvernement cherchait à développer l’alphabétisation, le ministre de l’Information, Daouda Diallo, expliquait que le Niger devait concilier deux systèmes de communication, le système moderne par l’intermédiaire de la radio et de la presse et le système fondé sur les palabres, les chefs locaux et les griots. Daouda Diallo ajoutait « certains médias versent vers le spectacle que vers le souci méticuleux et d’être utile à l’auditeur ou au lecteur. C’est cela que nous voudrions éviter, parce que nous ne pouvons pas nous offrir ce luxe. Ce que votre auditeur, ce que votre lecteur n’a pas compris en Europe, il a la possibilité de chercher à le savoir par d’autres moyens, avec le livre ou d’autres formes de production de l’information, notre lecteur et notre auditeur n’a pas cette possibilité. Pensez que le nomade, et ils sont nombreux à avoir des transistors sur le dos du chameau, s’il n’a rien compris à ce qu’a dit la radio, il ne comprendra plus rien concernant le sujet évoqué. Il n’a aucune possibilité d’aller à la bibliothèque pour avoir des références« .
Tradition orale des Sorkos
Daouda Sorko, pêcheur et gardien de la tradition orale des Sorkos, peuple lié au fleuve Niger, présentait la longue généalogie mythique remontant aux ancêtres fondateurs de son groupe. Son récit alliait histoire familiale, croyances religieuses et mythologie. Au cœur de cette légende se trouve Arakoye, une femme associée au monde des eaux. Chassée par les djinns du fleuve, elle est défendue par ses fils qui affrontent ces êtres surnaturels. Les héros utilisent des gris-gris, des poudres magiques et des connaissances héritées de leurs ancêtres pour combattre les forces invisibles. Le récit fait intervenir des animaux symboliques, notamment la grue couronnée, qui joue le rôle de messagère entre les personnages. Cette histoire illustre la richesse de l’imaginaire traditionnel nigérien, où le monde humain, les animaux et les esprits restent étroitement liés.
- Par Jean Couturier
- Avec Daouda Diallo (ministre de l’Information du Niger) et Daouda Sorko (pêcheur, conteur, prêtre du culte de Dongo)
- La matinée des autres – Voyage au Niger (1ère diffusion : 14/02/1978)
- Edition web : Laurence Jennepin
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