«La petite maison dans la prairie» : suicide, morts violentes, viol… La série des années 1970 était bien plus sombre que dans nos souvenirs
Le 9 juillet, une nouvelle série «La Petite Maison dans la Prairie» débarquera sur Netflix. L’occasion de souligner que sous ses dehors gentillets, la série originale des années 1970 était particulièrement trash.
Beaucoup s’en souviennent avec une certaine nostalgie, et certains aiment se moquer gentiment de son générique bucolique pour son côté un peu nunuche. Mais «La petite maison dans la prairie» n’avait pourtant rien d’une série gentillette.
Inspirée librement des romans pour enfants du même nom, des écrits semi-autobiographiques et très appréciés de Laura Ingalls Wilder parus dans les années 1930, elle racontait la vie d’une famille dans l’Ouest américain au XIXe siècle. Le père Charles, la mère Caroline et leurs quatre filles Mary, Laura, Carrie et Grace, ont fait le bonheur des téléspectateurs entre 1974 et 1983, avec pas moins de 205 épisodes, devenant un véritable phénomène.
Bien que diffusée à une heure de grande écoute, certains de ses épisodes viraient pourtant carrément à l’horreur, et ce sans préavis pour les âmes sensibles ou les enfants. «Il y a quelques scènes où je suis restée bouche bée, en me disant : «Je n’arrive pas à croire que cela se passe vraiment dans un épisode de ‘La Petite Maison dans la prairie’», avait déclaré Alison Arngrim, qui incarnait Nellie Oleson dans la série, dans le podcast spécial 50e anniversaire de «La Petite Maison dans la prairie». Elle précisait que c’était tout à fait le genre de Michael Landon, qui réalisait, produisait et jouait le père dans la série, d’aborder des thèmes plus sombres.
Suicide, viol, dépendance, morts violentes
Si la chaleur des relations familiales et les leçons d’entraide enseignées à ses enfants par Charles (Michael Landon) ont marqué positivement de nombreux téléspectateurs, on y retrouvait, en particulier dans les dernières saisons, des intrigues bien moins chaleureuses liées à la maltraitance infantile, au meurtre, à la toxicomanie (avec un personnage dépendant à la morphine), mais aussi au suicide, aux troubles mentaux et à la maladie…
Alison Arngrim avait ainsi commenté, entre autres, l’épisode 6 de la saison 6, «l’une des explorations les plus sombres du désespoir dans toute la série» avait-elle dit, dans lequel Isaiah Edwards (joué par Victor French), paralysé après un accident de bûcheronnage, tentait de se suicider par deux fois.
La comédienne avait fait remarquer que la série était à l’époque diffusée à 20h, «pendant l’heure familiale», sur une chaîne nationale où elle rassemblait entre 15 et 20 millions de téléspectateurs par épisode, rien qu’aux États-Unis. «Je pense que les gens seraient scandalisés si on le diffusait aujourd’hui», avait-elle ajouté (bien que la série soit encore rediffusée sur certaines chaînes, ndlr).
Du «gothique de la frontière»
Et la BBC de souligner que les intrigues des épisodes viraient parfois franchement à l’horreur, comme dans «Sylvia», un épisode en deux parties tiré de la septième saison, qui mettait en scène une jeune fille de 15 ans kidnappée par un homme masqué. Tout laissait à penser qu’elle était tombée enceinte après avoir été violée, ce pourquoi son père la punissait. Elle devait en outre subir le harcèlement des gens du village et avait fini par mourir en tentant d’échapper à son agresseur.
Elizabeth Erwin, co-créatrice et rédactrice de Horror Homeroom – un site web qui analyse les œuvres d’horreur à travers la théorie critique – a expliqué dans un récent article de la BBC qu’«il ne s’agissait pas du tout d’un épisode isolé et atypique», décrivant la série comme appartenant au sous-genre du «gothique de la frontière», apparu à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, qui transpose les conventions gothiques dans les récits de l’expansion américaine et de la vie à la frontière. «La série explore également l’horreur corporelle, notamment dans la saison deux, lorsque Caroline Ingalls, après une égratignure, se blesse à la jambe avec un couteau», ajoute-t-elle. «Tous les clichés et toutes les conventions y sont présents.»
La dure réalité de la vie au XIXe siècle
Un autre épisode qui revient régulièrement dans les discussions de fans (traumatisés) est le double épisode «May We Make Them Proud» de la saison six, qui se déroule à l’école Harriet Oleson pour aveugles, où Mary Ingalls, elle-même aveugle, enseigne. Dans cet épisode, un incendie se déclare à l’école, entraînant la mort d’Alice, la collègue de Mary, et de son bébé, Adam Jr.
«On y voit mourir le bébé d’un des personnages principaux, une école pour aveugles qui brûle, et Mary, dévastée par le chagrin, sombre presque dans la catatonie (…) S’il était diffusé aujourd’hui, il serait probablement qualifié de « torture » ou de « pornographie émotionnelle » sur Internet», estime Elizabeth Erwin, qui confirme que c’était effectivement un épisode profondément choquant : «On voit ensuite les corps carbonisés. J’ai vu cet épisode enfant, et cette image est restée gravée dans ma mémoire. Je ne l’oublierai jamais.»
Cité également par la BBC, Robert J. Thompson, professeur de culture populaire à l’université de Syracuse (New York), souligne que la noirceur de la série reflétait en grande partie la réalité de la vie au XIXe siècle. «Les sujets abordés – notamment les problèmes de grossesse récurrents – reflétaient des problèmes bien réels. La grossesse était dangereuse dans les années 1870, 1880 et 1890, surtout dans le contexte de l’Ouest américain. La série traitait des épidémies de paludisme, des complications de grossesse et de la mort de jeunes enfants. Elle n’édulcorait pas la réalité.»
Et le professeur de rappeler que les livres pour enfants dont elle s’était inspirée visaient naturellement des publics très différents de ceux d’une série télévisée multi-générationnelle : «Si vous produisez une série pour une grande chaîne de télévision, elle ne peut pas s’adresser uniquement aux filles de 5 à 15 ans. Elle doit plaire à tout le monde. Il faut donc y ajouter une dimension dramatique.»
Les écrits originaux eux aussi très sombres
Il est à noter que la toute première ébauche de «The little house in the prairie» («La petite maison dans la prairie», en français) écrite par Laura Ingalls (jouée dans la série par l’actrice Melissa Gilbert), montrait une facette très différente des romans pour enfants qu’on lui connaissait, et était parfois aussi sombre que la série.
Comme l’avait expliqué à l’AFP Nancy Tystad Koupal, directrice de la maison d’édition du livre, nous n’avions jusque-là qu’une version «édulcorée» de l’histoire de Laura Ingalls. «Nous voulions présenter la version qui montrait le plus fidèlement possible la réalité des pionniers du XIXe siècle. Nous voulions aussi montrer, d’une certaine manière, les coulisses de ‘La petite maison dans la prairie’». À savoir celle d’un quotidien en permanence baigné de violence, le livre narrant entre autre que Laura Ingalls a échappé à un viol que voulait lui faire subir le mari d’une femme malade dont elle s’occupait.
Des différences avec la série sont notables, comme le fait que la famille Ingalls n’aurait en réalité pas profité d’une jolie petite maison dans la prairie, mais d’un appartement dont Charles ne parvenait pas à payer le loyer. Le détestable personnage de Nellie Oleson n’existait pas vraiment, il était en fait la combinaison de plusieurs personnes que Laura Ingalls a côtoyées. Enfin la série ne faisait pas mention du petit frère de la romancière, Charles Frederick, décédé à neuf mois.
Un regard moins complaisant sur certains aspects
La série Netflix qui, quarante-trois ans après la fin de la série originale, relance ce mois-ci les aventures de la famille Ingalls, semble apparemment avoir puisé son essence dans les romans pour enfants parus dans les années 1930, mais comprendra-t-elle aussi des passages plus sombres ? Il faudra attendre le 9 juillet pour le savoir.
Une chose est cependant bien prévue. Contrairement à la série des années 1970, ce reboot ne passera pas sous silence certaines réalités de l’Amérique de la fin des années 1800, comme le fait que la famille s’installe sur des terres qui appartiennent aux nations amérindiennes.
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