« La protection des enfants est une priorité »…Des associations féministes se mobilisent contre les violences sexuelles à Fort-de-France

Sous une pluie persistante, quelques militants associatifs et citoyens ont répondu à l’appel de l’Union des Femmes de Martinique (UFM), un collectif féministe martiniquais. À l’origine de cette mobilisation : l’affaire Lyhanna, qui a profondément marqué les associations engagées dans la lutte contre les violences sexuelles.

« Nous sommes un collectif d’associations féministes, y compris des mouvements qui s’occupent des enfants. Nous nous sommes réunis car l’affaire Lyhanna nous a interpellés. »

Marie-Christine Vartel, co-présidente de l’Union des Femmes de Martinique et membre du collectif

Les associations réclament l’adoption d’une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles visant à la fois les femmes et les enfants.

« Nous sommes présentes dans la société et nous disons qu’il faut que cela cesse, que l’impunité s’arrête. Régulièrement, on entend parler de viols et d’assassinats. Il est important que nous puissions bénéficier d’une loi pour protéger les femmes et les enfants », insiste-t-elle.

Des moyens jugés insuffisants

Au-delà du volet législatif, les manifestants dénoncent également le manque de moyens consacrés au traitement des violences sexuelles.

« Les moyens mis en place par le procureur ne sont pas suffisants. Quand les dossiers s’accumulent sur le bureau de cinq enquêteurs, on arrive à un traitement au bout de deux ou trois ans, avec toutes les lenteurs judiciaires que nous connaissons. »

Marie-Christine Vartel, co-présidente de l’Union des Femmes de Martinique et membre du collectif

Pour les organisateurs, cette mobilisation vise aussi à interpeller la population et les pouvoirs publics.

« Aujourd’hui, nous disons non. Il faut que cela change. Il est important que nous soyons visibles dans la rue, réunis et solidaires pour mener des actions visibles par la population, mais aussi par la communauté nationale et internationale. »

Pour une société qui écoute les victimes

Parmi les personnes présentes, plusieurs passants ont choisi de s’arrêter pour soutenir le mouvement.

C’est le cas d’une jeune femme venue filmer la manifestation.

« C’était important pour moi d’être là car je ne veux pas d’une société remplie de pédocriminels ou de violeurs. On veut une société où les femmes et les enfants sont en sécurité, où les victimes puissent signaler ou dénoncer sans se sentir en danger face à de potentielles répercussions. »

Une jeune femme participant à la manifestation

Dans la foule, une autre participante souligne l’importance de soutenir les victimes.

« Je pense qu’il faut apporter notre soutien aux femmes victimes. Nous sommes toutes concernées, particulièrement en Martinique où nous sommes sur un territoire particulièrement touché par les agressions faites aux femmes et aux enfants. On sait que l’inceste est un fléau en Martinique. »

Un enjeu qui concerne toute la société

La mobilisation a également reçu le soutien de quelques rares hommes présents sur place.

Joel, qui s’est arrêté après avoir récupéré un tract, estime que le combat dépasse largement la seule cause féminine.

« C’est une question qui concerne l’ensemble de la population, pas seulement les femmes. Quand une femme est victime, ce sont toutes les personnes vulnérables qui sont victimes. Dans une société qui prône l’égalité et la fraternité, on ne peut pas accepter cela. »

Joel, citoyen

Pour lui, la présence dans l’espace public reste essentielle.

« Le fait d’être dans la rue permet de faire connaître le combat. Cela donne de la visibilité et appuie les revendications portées par d’autres moyens. »

Plus de 700 procédures en cours

Cette mobilisation intervient dans un contexte préoccupant. Selon le parquet de Fort-de-France, plus de 130 procédures pour viols et agressions sexuelles sur mineurs ont été enregistrées en 2025.

Jeudi 18 juin, le procureur général a dressé un état des lieux des violences sexuelles commises sur des mineurs en Martinique. Plus de 700 procédures sont actuellement en cours dans les services de police et de gendarmerie, dans un contexte marqué par une libération de la parole des victimes.

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