La modernisation numérique de l’administration fiscale camerounaise franchit une étape décisive. Par décision signée le 10 avril 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a attribué à un consortium international le marché de conception, de fourniture et d’installation du futur Système intégré de gestion des impôts et des taxes (SIGIT). Ce contrat clôt un appel d’offres international restreint ouvert le 24 février 2025 et s’inscrit dans le programme de refonte du système d’information de la Direction générale des impôts (DGI), engagé depuis 2018 avec l’appui de la coopération allemande.
Le groupement retenu réunit les sociétés tunisiennes ARABSOFT et ORADIST, le canadien C2D et le camerounais DBS. Le contrat est arrêté à 5,997 millions d’euros hors taxes, soit environ 3,93 milliards de FCFA, et grimpe à 7,15 millions d’euros toutes taxes comprises, près de 4,7 milliards de FCFA. Le délai d’exécution est fixé à vingt-quatre mois. L’attribution est intervenue après l’avis de non-objection délivré le 7 avril 2026 par la banque allemande de développement KfW, qui finance l’opération à l’issue de l’évaluation financière de la seconde phase.
Un système fiscal taillé pour l’interopérabilité
Le futur SIGIT a vocation à couvrir l’intégralité de la chaîne de gestion fiscale. Le cahier des charges confié au consortium prévoit la conception, la fourniture, l’installation, la mise en service et la formation des utilisateurs. L’outil devra prendre en charge la gestion des contribuables, l’administration des référentiels et des règles fiscales, ainsi que le traitement analytique des données. Sa colonne vertébrale repose sur l’interconnexion avec les systèmes des douanes, du budget et du Trésor, gage d’un pilotage consolidé des finances publiques camerounaises.
Au-delà du moteur fiscal, la solution comprendra un portail contribuable destiné aux particuliers comme aux entreprises. Ce guichet numérique unique permettra d’effectuer les déclarations, de régler les impôts, de suivre l’état des dossiers et d’adresser des réclamations. Le dispositif intègre aussi des fonctionnalités de sécurité, de traçabilité des opérations, de sauvegarde et de maintenance, alignées sur les standards d’une administration en voie de dématérialisation complète.
Transfert de compétences et accompagnement post-déploiement
La mission du groupement ARABSOFT-ORADIST-C2D-DBS ne se limite pas au volet technologique. Le consortium pilotera la planification du projet, l’intégration des processus métier, les phases de tests, le déploiement opérationnel et la migration des données existantes. Le transfert de compétences vers les équipes de la DGI constitue un livrable explicite, complété par la mise en place d’un centre de support, d’une garantie contractuelle et d’un suivi du système après sa mise en service. La présence du camerounais DBS dans le tour de table illustre la volonté du bailleur d’ancrer localement la maintenance et l’expertise.
Pression sur les recettes internes et urgence budgétaire
Le projet intervient dans un contexte de tension persistante sur les finances publiques. Les données officielles citées par l’administration font état de recettes fiscales totalisant 1 956,8 milliards de FCFA à fin juin, soit un taux de réalisation de 44,9 % par rapport à l’objectif annuel. Les recettes des impôts et taxes, segment directement concerné par la réforme, s’élèvent à 1 410,7 milliards de FCFA, correspondant à un taux de réalisation de 43,8 %. Ces niveaux situent le pays en deçà du rythme attendu et soulignent la nécessité d’élargir l’assiette tout en réduisant les frictions de collecte.
Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la simple modernisation informatique. La digitalisation de la fiscalité doit améliorer la qualité de service rendue aux contribuables, fiabiliser les bases de données et renforcer le contrôle, dans un environnement régional où la mobilisation des recettes domestiques conditionne la trajectoire d’endettement. La KfW, qui accompagne la DGI depuis près de huit ans, parie sur un effet de levier en termes de gouvernance fiscale. Reste que les précédents continentaux montrent que la conduite du changement, plus que la technologie, déterminera le rendement réel du futur SIGIT à l’horizon 2028. Selon Investir au Cameroun.
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