On souhaite plein succès à la Cité internationale de la langue française inaugurée le 30 octobre à Villers-Cotterêts (Aisne). Dans cette appellation glorieuse, l’adjectif « international » souligne le prestige conféré à cette jeune institution. Mais au-delà de Villers-Cotterêts, la dimension mondiale du français vacille.
Il y aurait 320 millions de francophones sur les cinq continents, dont 255 millions de locuteurs quotidiens. Malgré ces chiffres avantageux (moins flatteurs toutefois que les 543 millions d’hispanophones), le recul est net. Le Niger et d’autres pays africains chahutent la France, ce qui peut les conduire à terme à passer à l’anglais, comme l’a fait en 2003 le Rwanda, pays francophone au XXe siècle. En 2022, le Gabon a rejoint le Commonwealth pour ne pas se sentir enfermé dans la francophonie. Au Brésil, le français n’est plus obligatoire au concours des Affaires étrangères. Au Liban, l’usage du français se rétrécit implacablement. En Algérie, les ministres de la Formation professionnelle et de Jeunesse & sports ont signé en 2021 des circulaires commandant que l’arabe soit la seule langue utilisée par leurs services.
Un autre cas emblématique est la Roumanie, pays de langue latine où le français était courant. En 1963, après des frictions avec Moscou, le gouvernement communiste de Gheorghe Gheorghiu-Dej encouragea le français et l’allemand : sur demande des parents, ces deux langues « capitalistes » pouvaient même prendre la place du russe à l’école. Mais aujourd’hui, le nombre de profs de français chute ; ceux qui résistent cherchent désespérément en France un lycée avec qui organiser un échange scolaire.
Il faut avoir la foi pour maintenir la flamme francophone ; cela suppose non seulement de connaître Flaubert, Proust et l’accent circonflexe, mais aussi de chercher des subventions auprès d’instances souvent plus promptes à chanter les bienfaits de la francophonie dans le concert des nations qu’à mettre la main à la poche. Des irréductibles subsistent néanmoins, à l’image du courageux réseau Amifran. Fondé par une poignée de Roumains bénévoles, il organise à l’automne, depuis 31 ans, un étonnant festival de théâtre où 200 lycéens venus de divers pays d’Europe (et même du Québec) interprètent en français, dans la ville d’Arad, des pièces de théâtre travaillées tout au long de l’année scolaire. Ces initiatives montrent que notre vieille querelle du franglais n’épuise pas le débat.
Au fond, la vraie question est celle-ci : que fait la France pour donner aux adolescents de Roumanie, du Liban et d’ailleurs une raison imparable de s’initier au français ? Avis à M. le ministre de l’Éducation et subséquemment à Mme la ministre des Affaires étrangères et à M. le ministre de l’Attractivité…
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