Le défenseur des enfants pourfend les bureaux régionaux de travail social

Le défenseur des enfants, des jeunes et des aînés du Nouveau-Brunswick dénonce l’indifférence des directions régionales du ministère du Développement social à l’égard des jeunes vulnérables qui leur demandent de l’aide. Devant le Comité permanent de la politique sociale, Kelly Lamrock a indiqué que près de 40 % des personnes itinérantes dans la province ont déjà vécu en famille d’accueil ou dans un foyer de groupe.

À la suite de la publication d’un court rapport coup de poing le 24 mai dernier, le défenseur des enfants, des jeunes et des aînés du Nouveau-Brunswick a répondu aux questions des législateurs à qui il avait demandé ces audiences.

Kelly Lamrock a longuement parlé du drame de trois jeunes, Maddie, Leah et Bobby. Il a décrit les appels à l’aide de ces jeunes pour obtenir du soutien du programme Services engagement jeunesse (SEJ). Les obstacles rencontrés par les trois adolescents et les longs mois d’attente les auront finalement poussés en situation d’itinérance. Le jeune Bobby est décédé d’une overdose.

Kelly Lamrock, défenseur des enfants, des jeunes et des aînés du Nouveau-Brunswick. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Bobby n’est pas passé entre les mailles du filet. Dans son cas, le système a bien fonctionné, personne n’a enfreint les règles, mais nous l’avons perdu, a-t-il raconté.

Devant les élus, le défenseur a parlé de cas où on a décidé de donner des médicaments moins dispendieux à un jeune souffrant de troubles mentaux, ce qui a eu pour résultat une rechute.

Ces cas révèlent un mélange de pratiques absurdes, de mauvais jugement professionnel et d’une indifférence consternante face à la souffrance des enfants, écrit-il dans son rapport.

Kelly Lamrock a dressé la liste des nombreux rapports de son bureau au fil des ans, tout aussi cinglants à l’égard des directions régionales, et demande aux élus de s’impliquer pour changer la culture.

Vous adoptez des lois. Vous avez l’autorité pour changer les choses, a-t-il plaidé.

Le sous-ministre se défend

Devant le Comité permanent de la politique sociale, Daniel Mills, sous-ministre au ministère du Développement social, a répété qu’il ne pouvait expliquer et justifier ce manque de jugement de la part des équipes régionales.

Il a indiqué vouloir établir un système pour mieux suivre les dossiers en travail social. Il veut également offrir une formation pour mieux outiller les travailleurs sociaux, et, surtout, évaluer les équipes régionales.

Daniel Mills devant le comité

Le sous-ministre du ministère du Développement social, Daniel Mills, a comparu devant le Comité permanent de la politique sociale.

Photo : Gracieuseté : Assemblée législative du Nouveau-Brunswick

Le sous-ministre a rappelé que son ministère répond à 14 000 appels en moyenne par année, et qu’il enquête sur 7 000 cas.

La plupart des cas ne finissent pas dans les rapports du défenseur, s’est-il justifié, rappelant que les dossiers en travail social sont complexes.

Questionné sur ce qui n’a pas fonctionné dans le cas de Bobby, Daniel Mills n’a su que répondre.

Ce n’est pas une question de ressources, a-t-il précisé.

Daniel Mills a affirmé qu’il veut connaître en détail ce qui a pu arriver à ces jeunes.

Je veux donner plus de moyens aux travailleurs sociaux.

Problème systémique

Kelly Lamrock qualifie la défaillance à l’égard des trois jeunes donnés en exemple dans son rapport de problème systémique.

Beaucoup de jeunes en difficulté ne vont plus accepter d’aide lorsqu’ils sont adolescents. Mais les bureaux régionaux reçoivent le signalement sur ces jeunes lorsqu’ils ont 6, 7, 8 ans. Et on leur donne des services à 12 ans. Il est trop tard.

Le défenseur souligne que cette attente a des coûts financiers.

Nous n’épargnons pas d’argent. Combien coûte un agent de police, un séjour en prison? Combien dépensons-nous pour les services d’urgence lorsque des jeunes font des overdoses?

Dans son rapport et devant le Comité, le défenseur demande un examen indépendant immédiat du programme Service engagement jeunesse. Il recommande aussi que l’évaluation de l’admissibilité soit confiée à des organismes communautaires indépendants.

Il insiste sur le fait que les équipes régionales doivent être soumises à un cadre de responsabilisation axé sur les résultats.

Nous avons affaire à une culture où l’on préfère fixer des règles plutôt que d’aider les autres.

Kelly Lamrock aimerait aussi que l’on comptabilise les progrès des jeunes, notamment combien reçoivent leur diplôme d’études secondaires et combien fréquentent un collège ou une université.

Il demande aux membres du comité de se réunir tous les trois mois, et d’exiger régulièrement des comptes rendus des hauts responsables du ministère du Développement social.

Il a ajouté que son bureau doit encore enquêter sur trois autres décès de jeunes.

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.