« Le loup n’est plus une espèce menacée » : la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone veut réduire encore son niveau de protection pour défendre les éleveurs

Le loup est-il en train de faire disparaître le pastoralisme ?

Face à la multiplication des attaques et au découragement d’une partie des éleveurs, la commission des affaires économiques du Sénat s’est saisie du sujet.

Présidée par la sénatrice des Alpes-Maritimes Dominique Estrosi-Sassone, elle formule une série de propositions pour mieux protéger les troupeaux, alors que les bergers entament la saison de transhumance dans les montagnes azuréennes…

Accès à l’eau, changement climatique, foncier, conditions de travail des bergers… Au-delà du prédateur, c’est l’avenir même de l’élevage de montagne qui est en jeu selon la sénatrice.

Pour la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone, le niveau du protection du loup doit est encore trop élevé face à la détresse de certains éleveurs qui font face aux attaques toujours croissantes.
Photo Sébastien Botella / Nice-Matin

Pourquoi le Sénat s’est-il saisi du sujet du pastoralisme ?

Le pastoralisme est aujourd’hui confronté à de nombreuses difficultés. Il est essentiel pour nos territoires de montagne et ruraux, pour l’économie locale, l’entretien des paysages, la biodiversité ou encore la prévention des incendies.

Pourtant, il est fragilisé par le changement climatique, les difficultés d’accès à l’eau, au foncier et par la prédation. Nous avons voulu dresser un état des lieux et proposer des solutions concrètes.

Dans les Alpes-Maritimes, le sujet est particulièrement sensible…

Oui, parce que notre département accueille chaque année des milliers de bêtes en transhumance dans le Mercantour, la Tinée ou la Vésubie. Le pastoralisme fait partie de l’identité de nos montagnes. Mais face aux difficultés qu’ils rencontrent des éleveurs démoralisés arrêtent leur activité.

Sans les troupeaux, les espaces se refermeraient progressivement, avec des conséquences sur la biodiversité mais aussi sur le risque incendie.

« « Nous ne sommes plus dans un débat sur l’éradication du loup, mais sur la survie du pastoralisme. » »

La question du loup occupe une place importante dans le rapport. Pourquoi ?

Parce que c’est aujourd’hui l’une des principales préoccupations des éleveurs. Le loup est désormais présent dans près de 65 départements et continue de se développer. Les attaques augmentent et les éleveurs vivent une véritable détresse psychologique.

Nous ne sommes plus dans un débat sur l’éradication du loup. Personne ne demande cela. En revanche, nous considérons qu’il faut rééquilibrer la situation entre la protection de l’espèce et la survie du pastoralisme.

Le déclassement récent du loup d’espèce « strictement protégée » à « protégée » n’est donc pas suffisant ?

C’est un premier pas qui a permis quelques assouplissements. Par exemple, dans les zones les plus exposées, les tirs de défense relèvent désormais d’un régime déclaratif et non plus d’une autorisation préalable. Le quota national de prélèvements a aussi été relevé. Mais cela reste insuffisant au regard de l’augmentation de la population lupine et des dégâts constatés sur le terrain.

Que propose concrètement la mission d’information ?

Nous proposons plusieurs mesures. D’abord, faciliter les tirs de défense en autorisant, sous conditions strictes, l’utilisation de lunettes à visée thermique par les éleveurs. Nous souhaitons également permettre les tirs d’effarouchement ou de défense dans certains espaces protégés lorsque la chasse y est déjà autorisée.

Nous demandons aussi une meilleure prise en charge financière des mesures de protection des troupeaux. Aujourd’hui, malgré les aides publiques, il reste encore 20 % des coûts à la charge des éleveurs. C’est trop.

Un éleveur dans la Nièvre teste depuis plusieurs mois un dispositif : installer des colliers anti-loup sur une partie de son troupeau.

Vous remettez aussi en cause les chiffres officiels sur la population de loups ?

Nous demandons surtout une méthode de comptage plus fiable. Les chiffres actuels sont régulièrement contestés par les acteurs de terrain.

Il faut améliorer les connaissances scientifiques et associer davantage d’acteurs, notamment les chasseurs, au recueil des données. Les décisions sur les quotas de prélèvement doivent s’appuyer sur une estimation incontestable. Or ce n’est pas forcément toujours le cas.

Certaines recommandations vont encore plus loin…

Nous estimons qu’il faut engager une réflexion européenne sur un nouvel abaissement du niveau de protection du loup.

Aujourd’hui, la viabilité de l’espèce est assurée. Il faut donc pouvoir adapter sa gestion à la réalité des territoires. C’est un débat qui devra être porté au niveau européen.

Au-delà du loup, quelles sont les autres urgences ?

L’accès à l’eau est devenu un enjeu majeur avec le changement climatique. Nous proposons notamment de faciliter la création de retenues collinaires pour sécuriser l’abreuvement des troupeaux.

Nous voulons aussi faciliter l’accès au foncier pastoral, développer les formations aux métiers de berger et mieux valoriser les produits issus du pastoralisme.

L’objectif est aussi de rendre ces métiers plus attractifs ?

Absolument. Si nous voulons préserver le pastoralisme, il faut donner envie à de nouvelles générations de s’installer.

Cela passe par de meilleures conditions de travail, des logements adaptés pour les bergers, des débouchés économiques et une juste rémunération des éleveurs. Sans cela, c’est tout un modèle de montagne qui risque de disparaître.

Votre rapport arrive alors que le projet de loi d’urgence agricole sera examiné au Sénat fin juin. Est-ce l’occasion de traduire certaines recommandations dans la loi ?

C’est précisément l’un des enjeux. Plusieurs mesures que nous préconisons pourraient être intégrées au texte lors de son examen au Sénat.

Je pense notamment à l’utilisation encadrée des lunettes à visée thermique, à l’évolution des règles relatives aux tirs de défense ou encore à une meilleure connaissance de la population de loups. Le rapport fixe une feuille de route ; le travail législatif doit maintenant permettre d’apporter des réponses concrètes aux éleveurs.

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