Le Niger exige « la transparence sur les dispositifs étrangers au Bénin »

En mission samedi à Cotonou pour lever les derniers obstacles avant la réouverture de la frontière avec le Bénin, la délégation nigérienne conduite par le ministre de l’Intérieur a fait part de ses conditions « non négociables ». La France n’est pas nommée mais sa présence militaire à proximité de la frontière, dans le nord du Bénin, devra faire l’objet d’une « transparence totale » dans le cadre d’un prochain accord de défense entre Niamey et Cotonou, a-t-il dit à on hôte, le ministre Olushegun Adjadi Bakari, titulaire du portefeuille du Tourisme, du commerce extérieur, de l’industrie et des investissements privés.

Bien que l’impatience soit grande, de part et d’autre, de voir rouvrir le pont qui traverse le fleuve Niger et se dégager le corridor le plus court vers le golfe de Guinée, le général Mohamed Toumba a posé des conditions dans le cadre de « la voie du dialogue fraternel » ouverte par l’arrivée au pouvoir du président Romuald Wadagni. « Nous ne sommes pas ici pour ressasser le passé, mais pour construire un avenir commun. Les épreuves que nous avons traversées ont été rudes mais, comme dit le proverbe, là où croît le péril croît ce qui sauve. Le péril, nous le connaissons. Il se nomme terrorisme, trafic illicite, insécurité transfrontalière. Ce qui sauve, c’est notre capacité à dépasser nos différences pour affronter ensemble les défis communs. En ma qualité de ministre d’État chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, ma responsabilité première est la protection de la population et la défense de l’intégrité territoriale du Niger », a dit le général Toumba à l’ouverture des travaux.

Il a fait part de « deux préalables absolus ». « Premièrement, la signature d’un accord de défense et d’un accord de sécurité qui pose le principe intangible de la non utilisation du territoire de l’un contre l’autre et la transparence totale sur les dispositifs étrangers stationnés à proximité de notre frontière commune. [Deuxièmement], la création opérationnelle d’une cellule bilatérale de fusion du renseignement pour que nous cessions de lutter seuls contre un ennemi qui ne connait pas de frontière. Sur ces points, notre mandat est ferme et notre exigence est totale. Ils ne doivent pas être négociables car ils touchent à la sécurité de nos États et de nos populations. »

Méfiance réciproque

Le Niger accuse la France d’utiliser le nord du Bénin, où sont déployés ses moyens aériens et ses forces spéciales, comme base arrière pour des actions de déstabilisation contre lui, notamment à travers l’instrumentalisation de plusieurs groupes armés terroristes frappant le pays à partir du parc transnational du W. Le Bénin, lui-même confronté aux attaques du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, soupçonne le Niger d’avoir joué un rôle dans le coup d’État déjoué contre Patrice Talon le 7 décembre dernier. Ces tensions, nées après le renversement de Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023 et l’engagement du Bénin dans la coalition régionale contre son voisin du nord, ont perturbé le transport du pétrole brut du Niger par l’oléoduc qui traverse le Bénin, considérablement ralenti le transport des marchandises entre les deux pays et pénalisé le port naturel du Niger : Cotonou.

Le Premier ministre du Niger avait ouvert le bal de la relance des discussions entre les deux pays en assistant à l’investiture de Romuald Wadagni, rapidement suivie d’une visite de ce dernier à Niamey, où il a été chaleureusement accueilli le 2 juin par le général Abdourahamane Tiani. Dans la foulée, le comité conjoint chargé de lever les derniers obstacles a produit son rapport le 16 juin.L’issue semble proche.

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