Comment une si petite nation telle que Curaçao a-t-elle réalisé son rêve de Coupe du Monde ? La question agite la planète football depuis que l’équipe surnommée la Blue Wave, la vague bleue, a validé son ticket pour le Mondial.
Fierté nationale
Le 18 novembre 2025, le jour de gloire arrive à Kingston en Jamaïque. Ce soir-là, la Blue Wave arrache un match nul aux Reggae Boyz (0-0) lors d’un match sous tension. Lors du temps additionnel en seconde mi-temps, un penalty est accordé aux Jamaïcains. Mais suite à l’intervention de la VAR, l’assistance vidéo à l’arbitrage, la décision est annulée. Le coup de sifflet final libère une vague de joie sans précédent non seulement sur l’île, mais aussi au sein de sa diaspora. Curaçao termine à la tête de son groupe, une place synonyme de qualification.
Un homme manque la fête. Il s’agit du sélectionneur néerlandais Dick Advocaat, 78 ans. Absent pour raisons personnelles, il n’a pas assisté au match historique. À distance, il a supervisé l’équipe qui a atteint un rêve a priori inaccessible.
Un rêve de Coupe du Monde devenu réalité
Ce rêve est né à Curaçao il y a une vingtaine d’années, quand Jean Francisca, un ancien président de la Fédération de football a lancé l’ambitieux projet de se qualifier pour la Coupe du Monde. Un rêve devenu réalité grâce à une conviction. « Je suis arrivé avec l’idée que si nous voulons être compétitifs et réussir à participer à la Coupe du monde, nous devons professionnaliser notre équipe et faire venir des joueurs évoluant à l’étranger« , relate Jean Francisca.
Quand en 2010, Curaçao change de statut politique et obtient l’autonomie au sein du Royaume des Pays-Bas, la fédération des Antilles néerlandaises est aussi dissoute. Sa sélection de football composée de joueurs de Bonaire et de Curaçao aussi. Et dès l’année suivante, Curaçao joue sous son propre drapeau.
En 2015, Jean Francisca convint l’emblématique Patrick Kluivert, dont la mère est originaire de Curaçao, d’être à la tête de l’équipe. Sous la houlette de l’attaquant star de l’équipe des Pays-Bas, la sélection curacienne change de dimension. Patrick Kluivert attire à son tour des joueurs professionnels originaires de l’île de 444 km². « Il a apporté de la crédibilité à l’équipe nationale grâce à son statut d’attaquant parmi les meilleurs de l’histoire de la sélection hollandaise ! Pour nous à Curaçao et dans le monde du football en Hollande, c’est une légende ! », confirme Carl Ruiter, un journaliste de Curaçao.
Même après le départ de Patrick Kluivert, ses successeurs conservent la vision : bâtir une équipe avec des footballeurs professionnels originaires de Curaçao. C’est le cas de Remko Bicentini, qui a alterné les postes d’entraîneur adjoint et de sélectionneur de Curaçao de 2007 à 2023.
Dick Advocaat a maintenu la recette. Au sein de la Blue Wave, seul un joueur fait exception. Il s’agit de Tahith Chong, milieu de terrain de club anglais, Sheffield United, qui est né à Curaçao.
Un format inédit
Lors de l’édition 2026, au 11 juin au 19 juillet, 48 nations seront représentées, contre 32 au Qatar il y a quatre ans. Et pour la première fois, la compétition va se dérouler simultanément au Canada, aux Etats-Unis et au Mexique. Avec l’augmentation du nombre d’équipes et la qualification automatique des trois pays-hôtes, l’ambition curacienne a reçu un petit coup de pouce du destin. Aux joueurs de Dick Advocaat d’écrire un nouveau chapitre de leur histoire.
Pour les accompagner, ils disposent déjà de Mama Wa’ (The Blue Wave), une chanson en papiamento, le créole local, l’une des quatre langues parlées à Curaçao avec le néerlandais, l’anglais et l’espagnol. Le chanteur originaire d’Aruba, Jeon, l’a écrite à la demande de Juninho Bacuna, milieu de terrain du FC Volendam, un club des Pays-Bas. Une chanson qui a déjà atteint le statut d’hymne officiel de la Blue Wave.
Crédit: Lien source