Le Sénégal rassure les investisseurs, le FMI dans le doute

(SenePlus) – Au cœur de la tourmente financière qui l’oppose à ses bailleurs depuis 2024, le Sénégal tente de rassurer les investisseurs internationaux. Le directeur de la dette publique, Alioune Diouf, assure ainsi à l’agence Reuters ce mardi 21 avril, que les finances du pays étaient désormais « totalement transparentes ».

En marge d’un événement sur l’investissement en Afrique de l’Ouest organisé à Manhattan, le responsable interrogé par nos confrères Rodrigo Campos et Portia Crowe a insisté sur la réconciliation des chiffres avec le Fonds monétaire international (FMI). « Nous sommes alignés sur tous les chiffres… il n’y a aucune différence », a affirmé Alioune Diouf, en référence à la clôture des audits portant sur la période 2019-2024. Une déclaration forte, censée tourner la page du scandale de la dette cachée qui avait poussé le FMI à geler un programme de 1,8 milliard de dollars en 2024.

Pourtant, Reuters nuance cet optimisme en relevant que « les chiffres de la dette par rapport au PIB et du déficit que le gouvernement a publiés dans une récente mise à jour trimestrielle ne correspondent pas aux Perspectives de l’économie mondiale du FMI ».

L’autre point de friction majeur soulevé par l’agence de presse concerne l’utilisation par le Sénégal d’instruments financiers complexes, notamment des contrats d’échange de rendement total (TRS), pour se financer sur le marché régional. Accusé d’opacité sur ces montages, le directeur de la dette a reconnu que ces opérations, bien qu’exécutées via des enchères sur le marché intérieur, n’étaient visibles qu’à travers « les montants globaux levés », sans possibilité de les identifier séparément. Il a néanmoins balayé les craintes d’un emballement financier, soutenant que « le risque est presque inexistant » car ces swaps sont structurés de manière à ne pas déclencher d’appels de marge en cas de fluctuation des marchés.

Interrogé sur d’éventuels retards de paiement, Alioune Diouf a été catégorique : le Sénégal n’accuse aucun retard de paiement envers ses créanciers « au-delà de la période de grâce ». L’agence Reuters avait en effet révélé le mois dernier que Dakar accumulait des retards de paiement auprès de créanciers du Club de Paris (France, Grande-Bretagne, etc.), tout en précisant que ces retards restaient contenus dans le délai de grâce habituel de 90 jours.

Quant aux fameuses dettes non enregistrées, Diouf a tenu à redéfinir les termes du débat. Il a expliqué que les prêts bancaires convertis en titres d’État (APE) ne constituaient pas des impayés, mais simplement une « dette qui n’était pas intégrée », découverte grâce à l’audit. Cette conversion s’inscrirait, selon lui, dans une stratégie de « gestion active de la dette ».

Si les autorités sénégalaises clament que les données sont désormais réconciliées et affirment « travailler à la conclusion du programme » avec le FMI, l’institution de Bretton Woods se montre plus prudente, estimant que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les perspectives de la dette du pays.

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