Le Soudan risque une aggravation de la crise de la faim face à la guerre, aux coupes budgétaires et aux perturbations à Ormuz, selon le PAM
Le Soudan risque de sombrer à nouveau dans une crise alimentaire profonde. Le conflit, la réduction des financements de l’aide et l’envolée des coûts agricoles, alimentée par les perturbations liées aux tensions régionales, menacent d’annuler les progrès réalisés après l’apparition de la famine dans certaines régions du pays, a déclaré mardi un haut responsable du Programme alimentaire mondial (PAM).
La guerre entre l’armée soudanaise et les forces paramilitaires de soutien rapide (RSF), qui entre maintenant dans sa quatrième année, a déplacé des millions de personnes et dévasté une grande partie du pays. Les agences humanitaires ont alerté à plusieurs reprises sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire et les restrictions d’accès humanitaire.
Le Soudan demeure la plus grave crise humanitaire au monde, avec environ 5 millions de personnes confrontées à des niveaux de faim d’urgence ou catastrophiques, même après qu’une réponse humanitaire intensive a permis de réduire le nombre de personnes vivant dans des conditions proches de la famine, a déclaré à Reuters Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM.
« C’est une crise massive, tant par l’ampleur des chiffres que par sa gravité », a-t-il affirmé, ajoutant que plus de 100 000 personnes sont toujours confrontées à des conditions de famine, les plaçant au niveau le plus élevé de la classification de la sécurité alimentaire (IPC) soutenue par les Nations unies.
« Avec de tels chiffres en phase 5 de l’IPC, la situation est extrêmement, extrêmement grave », a-t-il précisé.
À travers le Soudan, près de 19,5 millions de personnes font face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
Carl Skau a souligné que les récents combats autour d’al-Obeid, dans le Nord-Kordofan, font craindre que la ville ne subisse un sort similaire à celui d’al-Fashir, au Darfour, où le conflit et le siège ont pris les civils au piège et entravé l’acheminement de l’aide.
Ces derniers jours, la violence a toutefois légèrement diminué, laissant espérer que les distributions d’aide pourront passer de 100 000 à 250 000 personnes autour d’al-Obeid.
Le PAM s’inquiète également de la reprise des combats la semaine dernière au Darfour, qui a forcé la fermeture du poste-frontière de Tine, une voie d’accès cruciale depuis le Tchad vers le Darfour.
Dans l’ensemble du pays, le PAM a dû réduire le nombre de bénéficiaires de son aide, passant de 5 millions il y a un an à environ 3,5 millions aujourd’hui, et a diminué les rations dans de nombreuses zones, notamment à Tawila au Darfour. L’organisation fait face à un déficit de financement de 646 millions de dollars suite aux coupes budgétaires de donateurs majeurs, dont les États-Unis, les pays européens et le Royaume-Uni.
« Nous ne prenons pas la bonne direction », a déclaré M. Skau. « Au contraire, nous reculons. »
M. Skau a également averti que l’envolée des prix du diesel et la pénurie d’engrais, liées aux tensions dans le Golfe et à la fermeture du détroit d’Ormuz, pourraient davantage fragiliser la sécurité alimentaire du Soudan durant l’actuelle saison des semis.
Le Soudan dépend fortement des importations d’engrais en provenance des pays du Golfe, tandis qu’une grande partie de son agriculture repose sur des pompes d’irrigation, dont le coût de fonctionnement pourrait devenir prohibitif pour les agriculteurs.
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