Le système de santé français est-il trop (…) / CFDT Retraités

On lit et on entend que la situation financière de l’Assurance-maladie en France serait due à un système excessivement généreux. Or une part importante du financement repose sur les complémentaires, tandis que toute hausse de la contribution des patients aggrave les inégalités d’accès aux soins. C’est l’analyse du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM).

La France se distingue par un niveau de dépenses de santé directement supportées par les patients particulièrement faible. En 2023, ce reste à charge (RAC) représente 10,2 % de la dépense totale de santé, ce qui place le pays au troisième rang de l’Union européenne (UE), derrière le Luxembourg et la Croatie. Ce chiffre est nettement inférieur à la moyenne de l’UE fixée à 14,6 %.

Mais cette moyenne cache des réalités très contrastées. Elle ne dit rien des inégalités entre ménages, ni du poids des cotisations d’assurance complémentaire, qui représentent à elles seules 73 % des dépenses de santé des foyers. Le vrai indicateur de charge financière, c’est le « taux d’effort » qui agrège RAC et cotisations. Celui-ci atteignait 4,5 % du revenu disponible en 2019, mais grimpait à 5,6 % pour les 10 % des ménages les plus pauvres, contre seulement 2,5 % pour les plus aisés.

Le rôle des complémentaires santé

Si le RAC est faible, c’est aussi parce que la France s’appuie massivement sur les complémentaires, mutuelles et assurances privées, qui couvrent 12,7 % des dépenses de santé. C’est le deuxième niveau le plus élevé en Europe. Cette spécificité introduit des disparités importantes : 3,4 % de la population reste sans couverture complémentaire, et ce taux monte à 7 % parmi les 20 % des ménages les moins aisés.

Quant à la part du financement public, elle s’établit à 78 %, ce qui place la France au 10e rang de l’UE. Cette position tout à fait moyenne montre qu’on est loin d’un système « exceptionnellement généreux ». La baisse tendancielle du RAC observée entre 2010 et 2023 (de 10,1 % à 7,7 %) s’explique d’ailleurs non par un élargissement des remboursements, mais par la concentration croissante des dépenses sur les affections de longue durée (ALD), prises en charge à 100 %.

Faire payer plus le patient ne soigne pas mieux

L’idée selon laquelle une plus grande participation financière du patient réduirait les soins non pertinents est contredite par les données disponibles. En France, l’instauration des franchises en 2008 n’a modifié les comportements de consommation de médicaments que pour 12 % des personnes interrogées et surtout parmi les ménages modestes. De même, la mise en place du tiers payant en officine n’a pas généré de hausse de consommation, sauf pour les revenus les plus bas, qui rattrapaient simplement un niveau de soins insuffisant.

Les revues de littérature internationale convergent vers le même constat : la hausse du reste à charge réduit le recours aux soins de façon indifférenciée, sans distinguer les actes utiles des actes superflus. Elle pèse particulièrement sur les patients à faible revenu et sur les personnes atteintes de maladies chroniques, pouvant entraîner des interruptions de traitement aux effets mesurables sur la mortalité.

En Allemagne, une participation forfaitaire de 10 euros par trimestre pour les consultations, introduite en 2004, a finalement été abandonnée en 2012, jugée coûteuse à administrer et inefficace sur les comportements.

Le HCAAM estime qu’il faut dépasser la seule question du niveau de dépense pour s’intéresser à son efficacité.

D’après le Décryptage Santé n°2 du HCAAM (juin 2026).

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