L’entretien entre Jean-Noël Barrot et Johnny Koanapo s’est déroulé le 30 juin dernier en toute discrétion. Le Quai d’Orsay s’est contenté de relater la rencontre sur son site Internet en indiquant que le ministre français des Affaires étrangères avait “rappelé la position du gouvernement s’agissant de la souveraineté française sur les îles de Matthew et Hunter.”
Cour internationale de justice
Mais de retour à Port-Vila, le vice-premier ministre s’est montré, lui, beaucoup plus loquace. Dans un entretien au Vanuatu Daily Post daté du 10 juillet, Johnny Koanapo a annoncé que les deux pays n’étaient pas parvenus à un accord et que le Vanuatu allait “envisager d’autres options, notamment un arbitrage ou une saisine de la Cour internationale de Justice. »
Selon lui, la France a présenté un document officieux proposant une gestion conjointe de Matthew et Hunter. Johnny Koanapo a expliqué avoir clairement indiqué à la délégation française que c’était au Vanuatu d’autoriser l’accès aux îles, et non à la France d’accorder cet accès au Vanuatu : « Je leur ai dit très fermement que c’est nous (le Vanuatu) qui vous autoriserons à accéder aux îles, et non l’inverse. Cela ne fonctionne pas ainsi. En raison de ces discussions animées, nous n’avons pas été en mesure de parvenir à un consensus », a-t-il déclaré.
Comme Jotham Napat en mai dernier, Johnny Koanapo a estimé que l’indépendance du Vanuatu ne sera pleinement achevée que lorsque la revendication et la souveraineté du pays sur les îles Matthew et Hunter seront reconnues.
Accord de 1965 contesté
La souveraineté française sur Matthew et Hunter date de 1965, à la suite d’un accord entre Paris et Londres, alors que le Vanuatu était administré conjointement par la France et la Grande-Bretagne. Mais pour le Vanuatu, cet accord est contraire au droit international, puisque les populations autochtones n’ont pas été consultées. Il revendique donc la souveraineté sur ces deux îles depuis son accession à l’indépendance, en 1980.
Le dossier complique sérieusement les relations entre les deux pays. En 2005, puis de nouveau en 2014, le Vanuatu a ainsi menacé de porter le différend devant les Nations unies, selon les chercheurs Géraldine Giraudeau, Lili Song et Morsen Mosses. Toujours selon ces chercheurs, le différend a également eu des répercussions sur les relations du Vanuatu avec d’autres pays du Pacifique Sud. En août 2017, le Vanuatu a déposé une protestation officielle auprès de la Nouvelle-Zélande après qu’un navire de recherche néo-zélandais a demandé l’autorisation à la Nouvelle-Calédonie de mener des recherches marines à proximité de Matthew et Hunter.
Insignifiants par leur taille, à peine 1 km2, ils contribuent largement à l’assise de la France dans le Pacifique, en lui apportant 350 000 km2 de zone économique exclusive (ZEE).
Des discussions ont eu lieu en 2018 et 2019 mais n’ont pas permis de trouver un accord. Les pourparlers sur les frontières maritimes avaient repris fin 2025, avec un premier round de négociation à Port-Vila.
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