Les gangs toujours en place malgré les efforts des forces de l’ordre

Les gangs armés qui terrorisent la population haïtienne demeurent bien en selle malgré l’intensification des opérations lancées à leur encontre par les forces de l’ordre, notamment des frappes de drones meurtrières menées avec l’appui de la firme de sécurité privée d’un ex-militaire américain controversé.

Bien que la police nationale se soit félicitée en avril d’avoir réduit de 90 % à 70 % la proportion du territoire de la capitale, Port-au-Prince, contrôlée par ces groupes criminels, les gains ne se sont pas révélés durables, note Nathalye Cotrino, une analyste de Human Rights Watch.

« Plusieurs quartiers demeurent inaccessibles, des corridors de transport stratégiques continuent de faire l’objet de combats et les autorités peinent à établir des conditions de sécurité pouvant perdurer de manière à permettre la réouverture des routes et le retour des personnes déplacées », indique-t-elle à La Presse.

Les gangs, qui sont regroupés pour la plupart au sein d’une alliance baptisée Viv Ansanm, comptant, selon des estimations, de 12 000 à 20 000 membres, ont étendu par ailleurs leur contrôle hors de la capitale.

Ils sont maintenant actifs dans cinq des dix départements du pays et ont mené au printemps leurs premières attaques dans le département du Sud-Est, faisant encore grimper le nombre de victimes civiles.

PHOTO MATIAS DELACROIX, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Un membre de gang anonyme, à Port-au-Prince, en 2021

Diego Da Rin, un spécialiste du pays rattaché à l’International Crisis Group (ICG), note que le recours aux drones explosifs a contraint les chefs de gangs à se faire plus discrets et peut expliquer en partie une « certaine accalmie » dans la capitale.

Les autorités n’ont cependant pas réussi à tuer des chefs importants par ce procédé et ne gagnent pas de terrain aux dépens des gangs, qui ont intensifié leurs actions en région dans des zones où ils sont moins susceptibles de se heurter aux forces gouvernementales.

Renforts internationaux

La situation pourrait évoluer sensiblement avec la montée de la Force de suppression des gangs, une mission internationale appuyée par le Conseil de sécurité des Nations unies qui a commencé son déploiement sur le terrain.

Elle doit compter à terme plus de 5000 policiers et militaires, un contingent bien plus substantiel que celui de la mission précédente, chapeautée par le Kenya, qui s’est terminée au printemps dernier sans avoir eu d’incidence réelle sur la situation sécuritaire, faute de ressources appropriées.

Son mandat était beaucoup plus limité que celui de cette nouvelle force, qui pourra, note M. Da Rin, mener des opérations aussi bien avec les militaires qu’avec les policiers haïtiens et agir indépendamment si la situation le requiert.

L’objectif déclaré de l’organisation est de « réduire les capacités opérationnelles des gangs à un niveau que les institutions haïtiennes seront capables de gérer ».

Mme Cotrino estime que la Force de suppression des gangs est plus susceptible de peser sur la dynamique sécuritaire « de manière significative ».

PHOTO AMELIE BOTTOLLIER-DEPOIS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, en compagnie d’un régiment de la Force de suppression des gangs composé de soldats tchadiens

La présence sur le terrain du personnel de Vectus Global, qui a été recruté par le gouvernement haïtien en mars 2025 alors que les craintes d’un basculement complet de l’État étaient vives, risque de compliquer le processus, note M. Da Rin.

La firme créée par Erik Prince, qui avait fondé Blackwater, liée à de nombreux abus lors de la guerre en Irak, opère sans structure de commandement clair et pourrait engendrer des problèmes de communication et de coordination « potentiellement dangereux ».

Les frappes de drones sont critiquées par Human Rights Watch, qui s’alarmait notamment dans un rapport paru en mars du fait que des dizaines de personnes sans lien avec les gangs ont été tuées lors de telles opérations.

Une des attaques menées en septembre 2025 dans un quartier populaire de Port-au-Prince où un chef de gang s’apprêtait à distribuer des cadeaux a tué neuf enfants âgés de 3 à 12 ans.

Négociations

L’International Crisis Group pense que les autorités haïtiennes devront ouvrir la porte à la négociation afin de tracer le chemin vers une véritable démobilisation s’ils réussissent à placer les gangs sur la défensive.

Leurs chefs, qui s’enrichissent aujourd’hui avec divers stratagèmes comme l’extorsion, le trafic de drogue et la traite de personnes, aimeraient, selon M. Da Rin, obtenir la promesse d’une forme d’amnistie, une perspective peu susceptible de plaire à une population éprouvée par des années de violences.

Ils tentent même de placer leurs pions au sein de la classe politique pour faire avancer leurs intérêts sur ce plan, alors que les tractations en vue de tenir de nouvelles élections présidentielle et législatives se poursuivent.

Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a déclaré en mai que la situation sécuritaire ne permettait pas de tenir comme prévu un premier tour de scrutin en août et dit maintenant espérer que le vote se fera avant la fin de l’année.

Les gouvernements de transition qui se sont succédé depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 « n’ont cessé de promettre des élections et d’introduire de nouvelles échéances », souligne M. Da Rin.

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