Les rebelles aux portes de Bamako, la France appellent ses ressortissants à quitter le Mali

Cinq jours après l’offensive des rebelles touaregs et djihadistes au Mali, la France a appelé les ressortissants français dans le pays à « prévoir un départ temporaire dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles ». Le ministère des Affaires étrangères précise qu’après les attaques du samedi 25 avril dans plusieurs localités du pays, dont Bamako, la situation sécuritaire demeure extrêmement volatile.

Les autorités françaises déconseillent donc de se rendre au Mali, « quel que soit le motif ». Le quai d’Orsay précise qu’il y aurait quelque 4.200 Français inscrits au registre consulaire du Mali et sans doute encore quelque 3.000 non-inscrits. Aux deux tiers, il s’agit de binationaux installés à Bamako et, en dépit de la reprise des conflits, peu d’entre eux semblent décidés à venir en France.

Mercredi, le maintien au pouvoir de la junte malienne qui gouverne à Bamako semblait très fragile. Mardi soir, le chef de la junte Assimi Goïta, qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat en 2020 et ne donnait plus signe de vie depuis samedi, est réapparu, avec une déclaration à la télévision publique. « Le plan funeste de l’ennemi a été déjoué avec la neutralisation d’un nombre important d’assaillants », a-t-il déclaré. Et de promettre une « situation maîtrisée », tout en mettant en scène une rencontre avec l’ambassadeur de Russie au Mali.

Départ souhaité du chef de la junte

Mais les capacités de l’armée régulière à résister aux assauts coordonnés des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) au Nord et des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) au Sud, soulèvent de plus en plus de questions. Après la reprise de Kidal et l’assassinat du ministre de la Défense, Sadio Camara, la popularité d’Assimi Goïta, déjà faible, est tombée au plus bas.

« Pour tous les Maliens, l’attaque de Kidal a mis à jour les fragilités de la junte au pouvoir, constate Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Une junte incapable de se défendre elle-même comme en témoigne l’assassinat du ministre de la Défense à Kati, la ville garnison proche de Bamako, mais aussi incapable de sauver Kidal, reprise en 2023 avec les Russes aux rebelles. »

Les insurgés ont repris une ville malienne, qui était devenue le symbole de la promesse de la Russie d’assurer la sécurité, là où les forces occidentales avaient échoué. Or les Russes ont préféré négocier à Kidal le départ de leurs troupes, plutôt que de se battre…

La France inquiète et discrète

Dix ans après l’opération Serval, décidé par l’ancien président de la République, François Hollande, Bamako semble donc à nouveau sur le point de tomber aux mains des groupes militaires insurgés. La situation est même pire. En 2013, les rebelles étaient seulement au Nord. En 2026, ils sont dans toutes les régions : Nord, Centre, Sud, Ouest.

« Nous avons déjà libéré Kidal ; Gao, Tombouctou et Ménaka aussi seront nos prochains objectifs », a confié Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole des FLA, à l’Agence France-Presse (AFP), en promettant que la junte au pouvoir allait tomber « tôt ou tard ». Il ajoute qu’il n’y aura pas de paix dans la région sans faire partir la junte en place et ses alliés russes.

De leur côté, les djihadistes ont pris position sur tous les axes qui entourent Bamako pour imposer un blocus. Jamais, depuis les années 2010, la poussée des djihadistes, qui souhaitent imposer la charia dans tout le pays, n’avait été aussi forte au sud du Mali, près de Bamako.

Face à cette situation, la France qui est restée huit ans au Mali pour lutter contre l’extension du terrorisme islamique, chercher à consolider le pays et former son armée régulière, ne peut que faire profil bas. Pas question de revenir dans le jeu militaire, alors que les discours anti-français restent très vivaces au Sahel.

D’autant que les hommes que l’armée française a pourchassés pendant des années sont aux portes du pouvoir. « Plus personne ne peut sauver le Mali, sauf les dirigeants maliens », constate Alain Antil. Encore faut-il voir si les touaregs indépendantistes, les partisans de la charia et certains mouvements politiques opposés à Assimi Goïta peuvent dialoguer.

Par rapport aux années passées, le seul espoir est que les mouvements rebelles se soient réorganisés pour devenir plus « politiques » et moins « terroristes ». La France s’inquiète néanmoins de ce que l’anarchie au Mali ne favorise encore davantage l’extension des mouvements islamistes vers les pays du golfe de Guinée. Pour l’heure, ils ont déjà déstabilisé le Bénin, mais pas encore trop, le Sénégal, la Guinée et la Côte d’Ivoire.

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