Le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, a assuré jeudi que les relations entre le Mali et l’Algérie ne sont pas rompues sur le plan diplomatique, affirmant qu’une « convergence totale de vues » existe désormais entre le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, et le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune. Une déclaration qui marque un net changement de ton après plusieurs mois de vives tensions entre les deux voisins.
S’exprimant à Bamako à l’occasion de la clôture des rencontres consacrées au bilan des cinq années de la transition, le chef du gouvernement malien a rappelé que le Mali et l’Algérie sont liés par une histoire commune et plus de 1 300 kilomètres de frontière.
« Aujourd’hui, nous devons nous réjouir et saluer la convergence totale de vues » entre les dirigeants des deux pays, a-t-il déclaré, précisant que cette convergence repose notamment sur « le respect de la souveraineté des États » et « la non-ingérence dans les affaires intérieures ».
Abdoulaye Maïga a également mis en avant la volonté commune de construire « une région pacifiée » et « sécurisée », débarrassée du terrorisme, des ingérences extérieures et de toute forme de « prétention hégémonique ».
Répondant aux commentaires sur les relations entre Bamako et Alger, il a estimé que « la diplomatie n’est pas un long fleuve tranquille », tout en assurant qu’il n’existait « aucune divergence personnelle » entre les responsables des deux États. Il a aussi évoqué les liens historiques et académiques unissant les élites des deux pays, rappelant que plusieurs hauts responsables maliens ont été formés à l’École nationale d’administration d’Alger.
« Voilà, c’est dit et c’est compris : pas de rupture diplomatique entre le Mali et l’Algérie », a-t-il conclu.
Si l’on écoute le chef de gouvernement malien, il n’y a pas eu de rappel des deux ambassadeurs, ni de guerre de communiqués comminatoires.
Un changement de ton après une crise sans précédent
Cette déclaration intervient après une séquence de tensions diplomatiques parmi les plus graves qu’aient connues les deux pays ces dernières années. La crise s’est progressivement installée autour de désaccords sur la mise en œuvre de l’Accord de paix d’Alger de 2015, avant de s’aggraver avec les accusations répétées de Bamako contre Alger, dénonçant une prétendue ingérence dans ses affaires intérieures et des liens supposés avec certains groupes armés actifs dans le nord du Mali.
Le point culminant a été atteint après la destruction, le 1er avril 2025, d’un drone malien par l’armée algérienne à proximité de Tinzaouatine, Alger affirmant que l’appareil avait violé son espace aérien. Cet incident avait entraîné une grave crise diplomatique, marquée notamment par le rappel des ambassadeurs, la fermeture réciproque des espaces aériens et une forte dégradation du dialogue politique entre les deux capitales.
Le contraste est d’autant plus frappant que le même Abdoulaye Maïga avait adopté, dix mois plus tôt, un ton particulièrement offensif devant l’Assemblée générale des Nations unies. En septembre 2025, il avait accusé l’Algérie de soutenir le terrorisme, évoqué une saisine de la Cour internationale de Justice et dénoncé ce qu’il présentait comme une politique hostile d’Alger à l’égard du Mali. À cette période, Bamako avait également annoncé son retrait du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), illustrant la profondeur de la rupture politique entre les deux États.
Une décrispation dans un contexte régional en mutation
Les propos du Premier ministre malien s’inscrivent désormais dans une dynamique de normalisation des relations régionales. Depuis plusieurs mois, plusieurs signaux témoignent d’un rapprochement progressif entre Bamako et Alger, dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé au Sahel.
Des observateurs attribuent cette évolution à la nécessité, pour les autorités maliennes, de renouer un dialogue avec un voisin incontournable sur les dossiers sécuritaires et frontaliers. Ils soulignent également que l’évolution de la position de Bamako intervient alors que les défis militaires demeurent importants dans le nord du pays et que les équilibres diplomatiques au sein de la Confédération des États du Sahel continuent de se redessiner.
Un discours prononcé lors du bilan de cinq années de « transition«
Les déclarations d’Abdoulaye Maïga ont été faites lors de la cérémonie de clôture des rencontres consacrées au bilan des cinq années de la transition, organisée en présence des membres du gouvernement, du Conseil national de la Transition (CNT), des autorités religieuses et de représentants de la société civile.
Cette rencontre a permis aux autorités maliennes issues du putsch de 2021 de présenter les principales « réalisations » qu’elles attribuent à la transition. Présentée par les autorités comme une étape dans la construction du « Mali Kura », cette séquence politique a également servi de tribune au Premier ministre pour afficher sa volonté de tourner la page de la crise avec Alger, même si, à ce stade, les autorités algériennes n’ont pas officiellement réagi à ses déclarations.
Samia Naït Iqbal
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