Publié aujourd’hui à 18h02
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Les faits. La chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako a condamné, le 3 août, l’activiste Adama Diarra, plus connu sous le nom de « Ben le Cerveau », à cinq ans de prison, dont un an avec sursis. Il était poursuivi pour « menaces et injures commises par le biais d’un système d’information » visant les autorités de la transition malienne.
Le même jour, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné le directeur de publication du journal Le 22 septembre, Chahana Takiou, à un an d’emprisonnement, dont six mois ferme, pour « atteinte au crédit de l’État à travers l’institution judiciaire ». Les deux procès avaient débuté le 27 juillet. Le ministère public avait requis dix ans de réclusion contre Adama Diarra et un an de prison, dont six mois avec sursis, contre le journaliste.
Le contexte. « Ben le Cerveau » était déjà détenu depuis septembre 2023 dans une précédente affaire d’« atteinte au crédit de l’État ». Condamné en première instance à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, il avait vu sa peine réduite à six mois en appel. Alors qu’il devait être libéré en mars 2024, une nouvelle information judiciaire avait été ouverte pour des faits de « menaces et injures », donnant lieu au procès dont le verdict vient d’être rendu.
Le dossier visant Chahana Takiou trouve, lui, son origine dans des propos tenus début juin lors d’un forum consacré aux médias à Bamako. Le journaliste y avait critiqué le recours aux dispositions de la loi sur la cybercriminalité contre des professionnels de la presse, estimant que les infractions qui leur sont reprochées devraient être poursuivies dans le cadre du régime spécifique des délits de presse. À la suite de cette intervention, il avait été convoqué puis placé sous mandat de dépôt.
Depuis plusieurs années, les autorités maliennes multiplient les poursuites contre des personnalités accusées de porter atteinte aux institutions ou à la sûreté de l’État. Les dossiers impliquant des journalistes, des influenceurs ou des militants sont de plus en plus fréquemment instruits sous le prisme de la cybercriminalité, une évolution régulièrement dénoncée par les organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains.
L’analyse. Pour « Ben le Cerveau », c’est une descente aux enfers qui se poursuit. Ancien leader du mouvement Yerewolo Debout sur les remparts, longtemps considéré comme un soutien influent de la transition malienne après le coup d’État d’août 2020, il est progressivement devenu une figure critique du pouvoir.
Ce revirement lui a valu son arrestation le 4 septembre 2023, puis, quelques jours plus tard, la perte de son siège au sein du Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif. Il avait été déchu de son mandat par un décret signé par Assimi Goïta. Le dossier de Chahana Takiou présente un enjeu différent. Son affaire, bien qu’elle ne porte pas sur un délit de presse à proprement parler, a ravivé un débat ancien au Mali : celui de la frontière entre le droit de la presse et le droit pénal de droit commun.
Les organisations professionnelles défendent l’idée que les journalistes doivent être poursuivis, lorsque cela est nécessaire, dans le cadre du régime spécifique des délits de presse, conçu pour mieux protéger la liberté d’informer. À l’inverse, le recours à la loi sur la cybercriminalité expose les professionnels des médias à des peines de prison plus lourdes et élargit les possibilités de poursuites.
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Au-delà des aspects juridiques, les deux verdicts s’inscrivent dans un contexte politique marqué par un resserrement de l’espace public depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. La dissolution des partis politiques, les restrictions imposées aux activités politiques, les poursuites visant des militants ou des journalistes, ainsi que le recours accru aux infractions d’« atteinte au crédit de l’État » ou aux dispositions de la loi sur la cybercriminalité participent d’une dynamique de contrôle renforcé de la parole publique par l’État, dénoncent les opposants à Assimi Goïta, dont la plupart ont été contraints à l’exil.
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