NER 001 / 0626 / OBS 030
Déchéance de nationalité
Intimidation
Niger
22 juin 2026
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un partenariat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence concernant la situation suivante au Niger.
Description de la situation :
L’Observatoire a été informé de la déchéance provisoire de nationalité prononcée contre la Dr Mariama Djibrine, dite Mayra, défenseure des droits humains en exil et présidente de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), mouvement qui milite pour le retour à l’ordre constitutionnel et le respect des libertés fondamentales au Niger, au Burkina Faso et au Mali.
Le 11 juin 2026, le Président du Niger, le général Abdourahamane Tiani, a signé un décret portant déchéance « provisoire » de la nationalité nigérienne de Mariama Djibrine. Selon les autorités nigériennes, la Dr Djibrine est sanctionnée pour « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public », « incitation à la révolte » et « intelligence avec une puissance étrangère ». Cette décision prive la Dr Mariama Djibrine de sa seule nationalité et la rend ainsi apatride. Le décret a été pris en application de l’ordonnance n° 2024-43 du 27 août 2024, modifiée et complétée par l’ordonnance n° 2024-46 du 7 octobre 2024, qui a institué un fichier national des personnes suspectées d’actes terroristes ou de toute infraction « portant atteinte aux intérêts stratégiques et/ou fondamentaux de la Nation ». Cette législation accorde aux autorités militaires un pouvoir discrétionnaire de priver des personnes de leur nationalité sans décision judiciaire préalable.
Les autorités nigériennes n’ont fourni aucune précision quant aux faits ayant motivé ces accusations mais cette décision intervient quelques semaines seulement après le lancement, le 9 mai 2026 à Bruxelles, de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), une coalition d’acteur·ices de la société civile et de représentant·es politiques du Burkina Faso, du Mali et du Niger en exil, dont Mariama Djibrine est la Présidente. A travers cette coalition, Mme Djibrine plaide publiquement pour le respect des droits humains, le rétablissement de l’État de droit, du gouvernement civil et de l’ordre constitutionnel dans ces trois pays formant Alliance des Etats du Sahel (AES).
La Dr Mariama Djibrine est également médecin de formation, elle a consacré sa carrière à la défense des droits fondamentaux des populations vulnérables au Niger, notamment le droit à la santé des femmes, des enfants et des personnes en situation de handicap. Elle a notamment fondé l’ONG Agir pour les malades mentaux (AMAM) active dans le domaine du soutien aux personnes atteintes de troubles mentaux, et a œuvré au sein d’organisations non gouvernementales engagées dans l’assistance humanitaire, le maintien de la paix et la protection de l’environnement.
L’Observatoire rappelle que cette décision intervient dans un contexte caractérisé, depuis le coup d’État du 27 juillet 2023, par le rétrécissement de l’espace civique et des atteintes répétées aux droits fondamentaux de la société civile et de toutes voix dissidentes au Niger. À maintes reprises, les droits à la liberté d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de manifestation ont été violés, notamment à travers des arrestations et détentions arbitraires de défenseur·es des droits humains, dont M. Moussa Tchangari, détenu arbitrairement depuis le 3 décembre 2024.
L’Observatoire rappelle aussi que le Niger mène depuis 2024 une politique d’application de la déchéance de nationalité, même en l’absence de condamnation définitive, à l’encontre de dissident·es politiques et de défenseur·es accusé·es « d’intelligence avec les puissances étrangères ». Ces mesures et la récente décision à l’encontre de la Dr Djibrine violent les conventions ratifiées par le Niger, et notamment la Convention des Nations unies sur la réduction des cas d’apatridie de 1961, ratifiée par le Niger en 1985 et le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux aspects spécifiques du droit à la nationalité et à l’élimination de l’apatridie en Afrique, également ratifié par le Niger. En privant la Dr Mariama Djibrine de sa seule nationalité, cette décision la rend ainsi apatride, en violation des obligations internationales du Niger.
Depuis octobre 2024, le gouvernement nigérien a privé de leur nationalité plus de 20 personnes sur la base de l’ordonnance citée plus haut. Si initialement les mesures n’avaient frappé que les proches conseillers et d’anciens ministres sous la présidence de l’ancien président Mohamed Bazoum, ainsi que des dirigeants de groupes armés formés dans le nord du pays à la suite du coup d’État du 26 juillet 2023, la décision de déchéance de nationalité émise en avril 2026 contre Mme Aminata Boureima Takoubakoye, ancienne haute fonctionnaire, et celle de Mariama Djibrine constituent l’amorce d’une politique délibérée d’instrumentalisation de la nationalité comme arme contre la contestation pacifique.
L’Observatoire appelle les autorités nigériennes à révoquer immédiatement la déchéance de nationalité prononcée à l’encontre de Mariama Djibrine, ainsi qu’à s’assurer que les défenseur·es des droits humains, les opposant·es politiques, les représentant·es de la société civile et les journalistes soient protégé·es contre toutes les formes d’intimidations, de harcèlements, d’arrestations et de détentions arbitraires auxquelles ils et elles pourraient être exposé·es en raison de leurs activités légitimes de défense des droits.
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités nigériennes en leur demandant de :
– Révoquer immédiatement la déchéance de nationalité prononcée à l’encontre de la Dr Mariama Djibrine, ainsi que celles prononcées à l’encontre des autres défenseur·es des droits humains ;
– Mettre fin à toute utilisation de l’ordonnance n° 2024-43 et de ses textes d’application comme instrument de répression contre l’exercice pacifique des libertés fondamentales, et abroger ou réviser ces textes pour les mettre en conformité avec les obligations internationales du Niger en matière de droits humains ;
– Cesser de cibler les défenseur·es des droits humains et garantir en toutes circonstances qu’ils et elles puissent mener leurs activités légitimes en faveur des droits humains sans entraves ni crainte de représailles ; et
– Adopter une loi portant protection des défenseur·es des droits humains au Niger.
Adresses :
• Général d’armée Abdourahamane Tiani, Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie, Email : communication@presidence.ne ; X : @PresidenceNiger, @NIGER_CNSP
• M. Alio Daouda, Ministre de la Justice et des droits de l’Homme, Garde des sceaux du Niger, Email : ministere.justice@justice.gouv.ne, X : @ministere_niger
• S.E. M. Alhassane Idé, Ambassadeur, Mission permanente du Niger auprès de l’Union européenne, Email : info@ambaniger-bruxelles.be, ambassadedunigerbelgique@yahoo.be
• S.E. M. Ado Garba, Représentant permanent du Niger, Mission permanente du Niger auprès des Nations unies à Genève, Email : missionduniger1@gmail.com
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Niger dans vos pays respectifs.
***
Paris, Genève, le 22 Juin 2026
Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.
L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseur·es des droits humains victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseur·es des droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.
Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
· E-mail : alert@observatoryfordefenders.org
· Tel FIDH : +33 1 43 55 25 18
· Tel OMCT : + 41 22 809 49 39
Crédit: Lien source