« On peut tout faire sans que ce soit gênant » : les jeunes Monégasques découvrent la comédie musicale
Sur le tableau, les paroles sont inscrites en anglais. Quelques minutes plus tard, les voix s’élèvent dans la salle tandis que les jeunes participants répètent les mélodies, cherchent les intentions et accompagnent les paroles de mouvements. Loin encore des scènes de Broadway, les premiers réflexes d’une troupe commencent pourtant à apparaître.
Fin juillet, cinq adolescents ont participé au deuxième stage de comédie musicale proposé dans le cadre du Pass’Sport Culture, le dispositif estival proposé par la Direction de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (DENJS) qui permet aux jeunes Monégasques, résidents ou scolarisés en Principauté de découvrir de nombreuses activités sportives, culturelles et éducatives pendant les vacances.
Durant deux après-midi, les apprentis artistes découvrent les différentes facettes de cette discipline qui mêle chant, danse, théâtre et expression corporelle.
« La comédie musicale, ce n’est pas seulement chanter. C’est un mélange de théâtre, de danse et de musique », résume Amélie Serrano, enseignante de flûte traversière à l’Académie de musique Rainier III et chanteuse lyrique.
Avec son mari, elle développe depuis 2000 des projets autour de cette discipline à travers l’association Fantasia Méditerranée Monaco, créée il y a trois ans. Après des expériences menées dans le Var, notamment auprès de structures touristiques, le couple souhaite désormais inscrire ce projet dans la durée en Principauté.
« Une discipline qui rassemble tous les arts »
Avant de chanter, les jeunes apprennent d’abord à maîtriser leur voix. La séance débute par des exercices de respiration, de souffle et des vocalises, des étapes indispensables pour tout chanteur.
« C’est véritablement le travail d’un chanteur que je leur fais découvrir », explique Amélie Serrano. Un apprentissage parfois surprenant pour les adolescents, mais qui prend rapidement du sens. « Au départ, ils n’aiment pas toujours les vocalises. Mais quand on leur montre que des artistes comme Michael Jackson travaillent aussi leur voix de cette manière, ils comprennent mieux. »
La langue anglaise, souvent incontournable dans la comédie musicale, ne constitue pas un obstacle pour ces jeunes habitués à évoluer dans un environnement international. « C’est même une spécificité de Monaco. Beaucoup d’enfants parlent anglais ou sont habitués à entendre cette langue au quotidien. Ils apprennent les textes très vite et chantent avec un bon accent », souligne l’enseignante.
Un contexte qui, selon elle, rend la Principauté particulièrement adaptée au développement de cette discipline, à mi-chemin entre la culture européenne et l’univers anglo-saxon.
« Avant, j’étais stressé de chanter devant tout le monde »
Parmi les participants, Ruben, 13 ans, a déjà retrouvé le chemin du stage pour la deuxième fois depuis le début des vacances estivales. Passionné de musique, de danse et de théâtre, il n’avait pourtant jamais pratiqué la comédie musicale auparavant.
« Je chante et je danse dans ma chambre, mais je n’avais jamais fait ça dans un cadre comme celui-ci », raconte-t-il.
Après l’expérience, le bilan est sans hésitation positif. « J’ai adoré. On peut tout faire sans que ce soit gênant. Avant, j’étais stressé de chanter devant tout le monde, mais ça m’a aidé à combattre ce stress. »
Cyril Dodergny / Nice-matin
Même découverte pour Léana, 14 ans, qui participait pour la première fois au stage. Déjà membre d’un chœur et pratiquant la danse, elle n’avait jamais eu l’occasion de réunir ces différentes disciplines.
« J’aime beaucoup les comédies musicales, j’adore chanter et danser. Je me suis dit que j’allais essayer », explique-t-elle. Pour elle, le petit groupe facilite l’apprentissage : « C’est plus simple pour communiquer et échanger. Et puis c’est moins gênant de chanter et de danser devant un petit comité ».
Vers une véritable formation à Monaco ?
Ces stages constituent une première étape pour Fantasia Méditerranée Monaco. La première session organisée en juillet avait réuni 17 jeunes, avant un deuxième rendez-vous fin juillet avec cinq participants. Une troisième session est déjà programmée à la mi-août, avec huit inscrits à ce jour.
Pour Christian Serrano, cofondateur de l’association, cette première expérience confirme l’existence d’un potentiel en Principauté. « On se rend compte que les enfants adorent ça. Plusieurs familles nous ont déjà sollicités pour poursuivre l’expérience. »
L’objectif de l’association est désormais d’aller plus loin qu’une simple initiation pendant les vacances, en imaginant une formation régulière à l’année.
« Nous aimerions pouvoir proposer un véritable parcours avec du chant, de la danse, du théâtre et de la musique », explique-t-il. La comédie musicale présente, selon lui, un intérêt particulier car elle oblige les jeunes à travailler plusieurs compétences simultanément : la technique vocale, le mouvement, la confiance en soi et le travail collectif.
« Un spectacle ne se construit pas seul. Il y a toute cette énergie du groupe qui est essentielle. »
L’ambition d’une passerelle vers Broadway
Derrière ce projet se trouve également une volonté d’ouvrir des passerelles avec l’étranger. Le couple s’inspire notamment des modèles américains, où les arts occupent une place importante dans les établissements scolaires.
« Aux États-Unis, la musique, le théâtre et la comédie musicale font partie de la vie des écoles. C’est une autre manière d’apprendre », raconte Amélie Serrano.
L’association imagine déjà des échanges avec des professionnels venus de Londres ou des États-Unis, notamment grâce aux contacts développés au fil des années.
« Quand on parle de Monaco à des professionnels américains, ils nous disent qu’ils viendraient volontiers proposer des stages ou des masterclass. »
Pour l’heure, les apprentis artistes du Pass’Sport Culture n’en sont qu’aux premiers accords. Mais après deux après-midi de travail, certains ont déjà attrapé le virus de la scène.
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