Ormuz : la France et le Royaume-Uni à la barre pour une future opération de sécurisation du détroit

Alors que les tensions restent extrêmement élevées autour du détroit d’Ormuz, Paris et Londres ont organisé le 12 mai une réunion internationale pour tenter de structurer une future mission multinationale destinée à garantir la liberté de navigation dans la région. Derrière cette initiative diplomatique présentée comme « neutre et pacifique », les Européens cherchent surtout à préparer un éventuel cadre post-crise, tout en commençant plus ou moins discrètement à prépositionner certains moyens navals susceptibles d’être engagés si la situation venait à se dégrader davantage.

Sous l’impulsion conjointe de Paris et de Londres, une nouvelle réunion ministérielle consacrée à la sécurisation du détroit d’Ormuz s’est tenue le 12 mai en visioconférence, rassemblant plus de quarante pays susceptibles de contribuer à une future mission multinationale. Cette rencontre, coprésidée par les ministres français et britannique de la Défense, marque une nouvelle étape dans l’initiative diplomatique lancée dès la mi-avril par Emmanuel Macron et Keir Starmer pour préparer une opération qualifiée de « strictement défensive », distincte des opérations américaines dans la région.  

Dans le même temps, Paris tente désormais de donner une dimension onusienne à cette initiative. Emmanuel Macron a annoncé que la France allait porter devant les Nations unies une proposition de mission « totalement neutre et pacifique » destinée à garantir, à terme, la liberté de navigation dans le détroit. Le chef de l’État français insiste sur une réouverture « sans conditions » et « sans péage » d’Ormuz, tout en cherchant à maintenir un canal diplomatique avec Téhéran. Cette approche vise clairement à se démarquer du dispositif coercitif américain et à rassurer les États du Golfe comme les acteurs asiatiques fortement dépendants des flux énergétiques transitant par la zone.  

Londres et Paris cherchent ainsi à construire une coalition de pays « non-belligérants », susceptible d’intervenir une fois les conditions politiques réunies. Les discussions actuelles portent autant sur les contributions militaires potentielles que sur le cadre juridique et diplomatique d’une telle mission. Plusieurs capitales européennes, mais aussi des partenaires asiatiques et du Golfe, suivent le dossier avec prudence, alors que toute présence navale occidentale supplémentaire dans la zone reste susceptible d’être perçue par l’Iran comme une escalade. Emmanuel Macron a d’ailleurs récemment insisté sur le fait que la France n’avait jamais envisagé un déploiement offensif destiné à rouvrir militairement le détroit.  

 

Le HMS Dragon est actuellement le bâtiment britannique le plus puissant dans la région du Moyen-Orient.

 

Reste à voir, dans ce contexte, quels moyens pourraient être mobilisés pour appuyer une telle initiative. Ces derniers jours, la Royal Navy a déployé le destroyer anti-aérien HMS Dragon dans la région, mais il est peu probable que d’autres unités navales majeures britanniques puissent être rapidement positionnées à proximité du détroit d’Ormuz, étant donné la faible disponibilité des frégates et destroyers de sa Majesté. Suite à la réunion du 12 mai, les annonces officielles britanniques évoquent ainsi principalement le HMS Dragon, le déploiement de chasseurs Typhoon, ainsi que le déploiement de drones aériens et navals, notamment des USV Scout K3 de Kraken, récemment livrés à la Royal Navy. Mais comme c’est désormais souvent le cas, il est probable que la principale contribution britannique soit d’ordre diplomatique, Londres réussissant souvent à mobiliser autour d’elle ses alliés les plus proches, et ce partout dans le monde.

Côté français, le groupe aéronaval articulé autour du Charles de Gaulle a récemment franchi le canal de Suez pour se rendre vers le golfe d’Aden, ce qui pourrait faire de lui, théoriquement, l’épine dorsale du dispositif français et interalliés dans le cadre d’une hypothétique opération d’envergure visant à sécuriser le trafic maritime dans la région. Néanmoins, dans le cadre d’une mission présentée comme neutre et pacifique, le GAN représente peut-être un signal militaire trop offensif, ce qui pourrait pousser à l’utiliser principalement en soutien, à distance du détroit d’Ormuz. Mais l’obstacle le plus important à l’utilisation du GAN dans cette mission reste le timing : l’opération voulue par Londres et Paris étant dépendante de l’arrêt des combats, le Charles de Gaulle et au moins une partie de son escorte seront peut-être déjà de retour à Toulon (que le porte-avions a quitté fin janvier) avant qu’elle ne soit réellement mise en place.

 

Le porte-avions français lors de son récent passage du canal de Suez.

 

Néanmoins, Paris dispose d’une présence permanente au Moyen-Orient grâce à ses implantations aux Émirats arabes unis et à plusieurs bâtiments déployés quasiment en continu entre la mer Rouge et l’océan Indien (en dehors des forces navales stationnées à La Réunion, trop légèrement armées pour opérer dans la zone de crise). Dans l’hypothèse d’une opération de sécurisation effective, et si les principales menaces restent les missiles balistiques, les missiles de croisière et les drones iraniens, alors les moyens les plus utiles seraient probablement des frégates de défense aérienne, voire même des porte-hélicoptères amphibies, notamment pour leur capacité à déployer des hélicoptères chasseurs de drones (les frégates françaises des types FREMM et FDA pouvant aussi, désormais, accueillir le Tigre).

On imagine également sans peine que la question du minage du détroit d’Ormuz a également été évoquée lors de la réunion des ministres de la défense du 12 mai. Si cette menace venait à se confirmer, alors les déploiements de moyens alliés seraient d’une toute autre nature, étant donné que de nombreux pays européens disposent de bâtiments de guerre des mines dont la présence sur place s’avèrerait très précieuse. Le 13 mai, le ministre de la défense italien a ainsi confirmé son intention de prépositionner deux chasseurs de mines dans la zone, d’abord en Méditerranée orientale, puis en mer Rouge, dans le cadre d’opérations existantes, en l’occurrence l’opération italienne Mediterraneo Sicuro, qui opère au large de la Libye, et l’opération européenne Aspides, qui protège le trafic maritime international en mer Rouge et au large du Yémen.

 

Le CMT Andromède, basé à Brest, a récemment été observé en Méditerranée. Il pourrait faire partie des moyens français déployés sous court préavis dans la région du Golfe.

 

La France, de son côté, se tient prête à déployer rapidement ses propres moyens de lutte contre les mines dans la zone, tout comme le Royaume-Uni, qui évoque la possibilité de dépêcher des moyens dronisés de lutte contre les mines dans la région à partir d’un bâtiment de la flotte auxiliaire britannique, le RFA Lyme Bay, pour l’instant à Gibraltar. Tout l’enjeu actuel restant alors de rapprocher ces bâtiments faiblement défendus de la future zone des opérations, sans trop les exposer aux frappes de missiles et de drones iraniens, voire de leurs alliés houthis au Yémen. Dans les jours qui viennent, on peut sans doute s’attendre à d’autres annonces de ce type, visant à prépositionner les moyens qui pourront être activés si une nouvelle opération de sécurisation internationale du détroit d’Ormuz devait voir le jour.

Mais comme nous l’avons évoqué, cette séquence diplomatique reste toutefois largement conditionnée à l’évolution du conflit régional, pour lequel les pourparlers de paix entre Washington et Téhéran semblent au point mort. En réalité, la réunion du 12 mai apparaît surtout comme une prolongation – si ce n’est une redite – des annonces formulées dès le 17 avril par Emmanuel Macron et Keir Starmer, juste après que Paris et Londres aient organisé une réunion avec une cinquantaine d’autres pays au sujet de la sécurisation du détroit d’Ormuz, déjà. Pour l’occasion, le président français avait déjà évoqué une future « mission multinationale pacifique » qui ne serait déployée que « lorsque la situation le permettra ». Depuis lors, aucun consensus politique ou militaire concret ne semble avoir émergé sur les modalités exactes d’une intervention. Tant que les affrontements entre les États-Unis, Israël et l’Iran se poursuivent, les Européens paraissent surtout chercher à préparer un cadre post-crise, davantage qu’une opération imminente de sécurisation navale. 

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