Fin juin, les autorités coutumières ont appelé l’État à déclarer une « véritable guerre » contre l’orpaillage illégal. Un fléau qui ne cesse de progresser : 189 chantiers clandestins ont été recensés depuis le début de l’année au sein même du Parc amazonien de Guyane. Il s’agit d’un record depuis la création du Parc en 2007. Face à cette situation, Catherine Vautrin a salué la présence de 400 militaires mobilisés sur le terrain.
« Nos Forces armées sont particulièrement engagées, au péril de leurs vies. J’ai moi-même présidé l’hommage national au sergent Jimmy Gosselin, qui a perdu la vie le 2 novembre dernier. Je crois que l’on ne peut pas montrer un engagement plus important que celui-ci. »
Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants
Malgré cette mobilisation, la ministre n’a pas annoncé de nouveaux moyens spécifiquement dédiés à la lutte contre l’orpaillage clandestin, alors que plusieurs acteurs de terrain estiment que le dispositif actuel atteint un « plafond de verre ».
Un nouveau Caracal et une base aérienne agrandie
Parmi les annonces concrètes de ce déplacement figure l’arrivée prochaine du dernier hélicoptère Caracal destiné aux Forces armées en Guyane. La ministre a également confirmé le projet d’agrandissement de la base aérienne 367, à Matoury, afin de pouvoir accueillir un A400M. Cet avion de transport militaire, construit par Airbus, est capable d’emporter jusqu’à 37 tonnes de fret ou 116 soldats.
La ministre s’est également rendue auprès des militaires engagés dans la lutte contre la pêche illégale, notamment à bord du patrouilleur La Résolue. Le phénomène s’est fortement aggravé ces dernières années. Selon un rapport publié en 2024, la pêche clandestine aurait plus que doublé en dix ans. Chaque année, les navires illégaux prélèveraient entre 500 et 3 000 tonnes de poissons, principalement de l’acoupa, alors que la flotte légale débarque environ 700 tonnes.
Malgré l’interception de navires illégaux par la marine nationale, les professionnels dénoncent des moyens encore insuffisants. Les patrouilles ne couvriraient qu’une centaine de jours par an et restent très limitées la nuit, les weekends, lors des lancements de fusées ou encore les jours fériés.
Un fléau qui menace la ressource halieutique. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les populations d’acoupa ont diminué d’environ 30 % en vingt ans.
Le Centre spatial guyanais au cœur des enjeux stratégiques
Autre étape incontournable du déplacement : le Centre spatial guyanais, où la ministre a assisté à une présentation de la mission TITAN chargée de la protection du site. Cette visite intervient alors que le CNES doit réaliser 330 millions d’euros d’économies entre 2026 et 2028, soit environ 20 % de son budget mobilisable.
La base spatiale guyanaise devrait également voir ses financements diminuer d’environ 36 millions d’euros sur les trois prochaines années, notamment en raison de la baisse de la contribution de l’Agence spatiale européenne.
Catherine Vautrin s’est toutefois voulue rassurante. « La Loi de programmation militaire prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires pour la défense française. Dans ce financement, il y a davantage de crédits pour le spatial. La Guyane est le poumon de l’action spatiale européenne ».
Lutte contre le narcotrafic : une priorité
La ministre a également visité le Régiment du service militaire adapté (RSMA) de Guyane, qui célèbre cette année ses 65 ans. Créé pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes éloignés de l’emploi, le RSMA accueille des volontaires âgés de 18 à 25 ans dans différentes filières : bâtiment, sécurité, restauration ou encore maintenance. Un projet de quatrième compagnie à Saint-Jean-du-Maroni doit permettre d’accueillir environ 150 volontaires supplémentaires d’ici 2030.
Mais c’est finalement interrogée sur les priorités du gouvernement que Catherine Vautrin a confié que la lutte contre le narcotrafic constitue désormais un enjeu majeur.
« Tous les moyens doivent être mobilisés : nos armées, la justice, les forces de sécurité intérieure. Partout où il y a du narcotrafic, nous devons être engagés. »
Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants
Au terme de ces deux jours de déplacement, aucune mesure nouvelle n’a été annoncée concernant les principaux dossiers stratégiques de la Guyane. Pourtant, les attentes demeurent fortes sur le terrain.
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