La Guinée-Bissau accélère sa stratégie de valorisation de son offshore profond avec la signature d’un nouveau partenariat entre la société publique du pétrole, PetroGuin, et la société roumaine Tender Oil and Gas. L’accord a été conclu la semaine dernière, lors du Invest in African Energy Forum à Paris. Il porte sur les blocs 5C et 6C, situés en eaux profondes au large du pays, et encore largement sous-explorés.
Le partenariat prévoit la mise en œuvre d’un programme d’exploration fondé sur l’acquisition et l’interprétation de données sismiques 2D et 3D. Ces travaux doivent permettre d’améliorer la connaissance du sous-sol et de préparer de futures opérations de forage. L’objectif affiché est d’accélérer les délais d’exploration dans des zones qui n’avaient jusqu’ici attiré que peu d’intérêt en raison de leur complexité technique et des coûts élevés associés à l’offshore profond.
Une opération structurante
Pour le patron de PetroGuin, Alfredo Malú, cet accord marque un changement d’échelle dans la dynamique du secteur pétrolier national. Le pays cherche à transformer un potentiel géologique encore largement inexploité en levier de développement économique, alors que l’économie reste fortement dépendante de la noix de cajou, qui représente environ 95 % des exportations. Cette concentration expose le pays aux fluctuations des prix internationaux et limite ses marges de diversification.
Ce mouvement intervient dans un contexte régional particulièrement dynamique. Le bassin MSGBC, qui englobe la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée, s’impose progressivement comme une nouvelle frontière de l’exploration pétrolière et gazière en Afrique de l’Ouest. Le démarrage de la production pétrolière au Sénégal sur le champ Sangomar en 2024, ainsi que la mise en service du projet gazier Greater Tortue Ahmeyim entre le Sénégal et la Mauritanie, ont renforcé l’attractivité de la zone et confirmé son potentiel.
Dans ce mouvement, la Guinée-Bissau tente de se positionner comme un nouveau point d’entrée pour les investisseurs. L’entrée récente de Chevron dans le pays, à travers les blocs 5B et 6B avec une participation opérée majoritaire, illustre cet intérêt croissant des majors pour les zones encore peu explorées du golfe de Guinée. En 2023, le pays avait également engagé des discussions avec Eni pour évaluer son potentiel pétrolier et gazier, confirmant une stratégie d’ouverture progressive aux grands opérateurs internationaux.
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Nouveaux horizons pétroliers dans le golfe de Guinée
Cette dynamique s’inscrit plus largement dans le retour des compagnies pétrolières dans le golfe de Guinée, où environ 11% des découvertes mondiales d’hydrocarbures depuis 2020 ont été réalisées, selon les estimations de S&P Global Commodity Insights. Les majors cherchent à reconstituer leurs réserves dans un contexte où les actifs matures déclinent et où la croissance de la production de pétrole de schiste montre des signes de ralentissement. Le golfe de Guinée présente l’avantage d’offrir à la fois un potentiel géologique significatif et des opportunités en offshore profond encore partiellement explorées.
Pour la Guinée-Bissau, l’enjeu dépasse la seule exploration pétrolière. Le développement éventuel d’une filière hydrocarbures pourrait contribuer à diversifier une économie encore peu industrialisée et à créer des effets d’entraînement sur les infrastructures, notamment dans les transports et les services portuaires. Il pourrait également générer des revenus publics supplémentaires dans un pays où les marges budgétaires restent limitées.
La concrétisation de ces ambitions dépendra de la capacité du pays à maintenir un cadre réglementaire stable et attractif dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel. Entre avancées techniques, intérêts des majors et contraintes géologiques, l’offshore bissau-guinéen entre dans une phase décisive, dont les résultats conditionneront son positionnement futur dans la nouvelle géographie énergétique ouest-africaine.
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