Pluies torrentielles, températures records… ce que le super El Niño réserve à la France ces prochains mois
Briac Trébert
Publié le
L’influence océanique gagnera du terrain dans les prochains jours, en ce début août 2026. Mais l’air très chaud va résister dans le sud-est de la France. Les vigilances orange canicule pleuvent encore, et le retour des fortes chaleurs à l’échelle nationale – après déjà quatre vagues de chaleur depuis la fin mai ! -, se dessine déjà pour la semaine prochaine, à l’horizon du mardi 11 août.
Une fournaise estivale qui semble interminable en France, et, en toile de fond, une intensité du phénomène El Niño sans précédent qui se renforce, et qui alarme pour la suite. Y compris, donc, dans l’Hexagone, dans ce contexte bouillant, « notamment en mer, avec des températures de surface, surtout en Méditerranée, qui atteignent des records en ce début août », met en garde, sur actu.fr, le météorologue et océanographe Yann Amice.
Plus l’air est chaud, plus il peut contenir de l’eau, et c’est autant d’énergie pour alimenter des phénomènes potentiellement plus violents…
El Niño, le facteur climatique le plus influent sur Terre
Le phénomène El Niño dans l’océan Pacifique est sans doute le facteur climatique le plus influent sur Terre, insiste cet été la National Oceanic and Atmospheric Administration (la NOAA), l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.
El Niño se produit en moyenne tous les deux à sept ans et dure généralement de neuf à douze mois. Les eaux de surface dans le centre et l’est de l’océan Pacifique équatorial se réchauffent, durant ce temps, ce qui entraîne, pendant des mois, des modifications majeures des régimes de vents, de pression et de précipitations à l’échelle mondiale. Et cette année, la plupart des modèles prédisent un épisode El Niño d’ampleur exceptionnelle, on parle d’un super El Niño.
El Niño se renforce, alimentant un climat déjà ravagé par les dômes de chaleur caniculaires, les incendies apocalyptiques et les températures records des océans.
Pour rappel, combiné au changement climatique d’origine humaine, le dernier El Niño avait contribué à faire de 2023 la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée et de 2024 l’année la plus chaude de tous les temps. Et c’est durant cet hiver qu’El Niño exercera son plus grand impact sur l’hémisphère Nord.
Et bien que les effets d’El Niño soient plus fortement ressentis sous les tropiques, ils peuvent donc perturber les régimes météorologiques locaux dans le monde entier. Et c’est peut-être même déjà le cas. La machine atmosphérique est un tout auquel ne peuvent se soustraire les sous-ensembles régionaux.
Vers des précipitations intenses, sur les régions méditerranéennes
Les « tendances », pour ces prochains mois, en France, d’où qu’elles viennent, semblent unanimes pour une séquence (encore) « plus chaude que la normale », mais aussi une forte possibilité de précipitations intenses, sur les régions méditerranéennes.
Des pluies qui tomberaient ainsi sur des sols incapables d’absorber des précipitations intenses et constitueraient un terrain propice aux ruissellements violents et aux crues rapides, « ce que l’on appelle des flash flood ou ruissellement de surface intense », s’inquiète Yann Amice.
Les orages qui ont traversé quelques régions de France en ce début de semaine donnent déjà une illustration de ces potentialités, avec 40 à 60 millimètres de pluie localement par heure, de la grêle, et des rafales de vent à plus de 90 km/h.
Le pic d’El Niño ne se matérialisera qu’entre octobre et décembre 2026 dans ce schéma déjà en surchauffe ! Il faut rappeler que l’eau et les océans couvrent environ 70% de la surface de la Terre. L’extension temporelle d’El Niño pourrait même se prolonger en janvier 2027, dans ce monde en dehors de toute référence climatologique antérieure.
Les risques de pluies torrentielles, à proximité de la Méditerranée, semblent majeurs ces prochains mois. Et, comme d’autres scientifiques, Yann Amice se demande même si cet El Niño, puissant, qui a donc déjà débuté à des milliers de kilomètres, n’a pas déjà apporté quelques modifications « dans les interconnexions ».
L’océanographe s’interroge ainsi sur le lien entre les canicules américaines et de façon symétrique, en Europe de l’Ouest. El Niño aurait ainsi pu, déjà, modifier la circulation atmosphérique et la position des courants-jets, ces puissantes rivières de vent qui orientent les perturbations, favorisant ces canicules à répétition cet été en France.
La fonte du Groenland qui perturberait les courants océaniques
Et une autre théorie se base, elle, sur la fonte du Groenland dans ce climat bouillant qui entraîne une zone d’eau froide qui perturbe les courants océaniques, mais aussi atmosphériques, et aurait donc déjà eu des conséquences en Europe.
Ces « changements » qui pourraient ainsi être responsables de ces gouttes froides (de l’air froid en altitude), ou ces simples anomalies d’altitude au large des côtes européennes cet été, qui ont fait office de « pompe à chaleur », en faisant remonter de l’air très (très) chaud d’Afrique du Nord vers l’Europe de l’Ouest.
Alors que « la planète se réchauffe plus vite que notre capacité de réaction », le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, appelle à des actions immédiates « sur quatre fronts ». Sortir des énergies fossiles pour que le monde « arrête d’attiser la crise », protéger la population avant que la chaleur ne devienne encore plus meurtrière avec notamment des systèmes d’alerte précoce et un accompagnement des communautés, une meilleure prise en compte de la chaleur extrême sur les lieux de travail, et adapter les villes, les écoles, et les hôpitaux.
En France, ce mois de juillet 2026 restera dans les annales comme le plus chaud et l’un des plus secs jamais enregistrés en France depuis le début des mesures en 1900, illustration d’un changement climatique dont les effets s’intensifient.
Avec une température moyenne de 24,9°C, ce mois de juillet a effacé les précédents records de la canicule d’août 2003 (24,8°C) et de juillet 2006 (24,4°C).
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