Un débat incroyable agite la capitale. La polygamie au Cameroun, d’ordinaire défendue par les hommes en quête de légitimité traditionnelle, trouve aujourd’hui des partisanes inattendues du côté de la gent féminine. C’est simple. Le 31 janvier dernier, plusieurs dizaines de femmes se sont réunies à Yaoundé pour vanter les mérites de l’union multiple. Franchement, voir des femmes faire elles-mêmes le plaidoyer de la polygamie à Yaoundé, c’est le monde à l’envers ! Cette rencontre inédite organisée par un collectif féminin bouscule les codes bien établis du mariage africain.
Un rassemblement inédit pour prôner l’union multiple
L’Association des femmes pour la promotion et la valorisation de la polygamie a frappé un grand coup dans la salle de conférence de Yaoundé. À l’origine du mouvement, on retrouve Laety Lamé, la présidente de cette structure, qui a exposé ses arguments devant une assistance captivée par ce discours à contre-courant. Elle vient d’une famille monogame. Pourtant, elle défend la cause avec ferveur. Selon elle, partager un époux permettrait aux épouses de dégager du temps précieux, du temps libre pour travailler ou développer des affaires lucratives. Environ cinquante curieux et militantes ont fait le déplacement.
Cette réunion qui s’est tenue… enfin, ce débat qui bouscule nos habitudes à Yaoundé prouve que les lignes bougent.
Les arguments économiques et sociaux de la discorde
La question financière reste au centre des discussions. Me Avouzoa, une participante très écoutée durant les débats, a affirmé sans détour que la polygamie n’est pas une affaire de richesse mais que c’est l’union multiple qui génère la fortune du foyer. C’est un virage que beaucoup de Camerounais n’ont pas vu venir dans un pays où la lutte pour les droits des femmes s’oriente habituellement vers l’égalité stricte et le rejet des vieux modèles patriarcaux. Victorine Suango, une autre intervenante, a quant à elle rappelé la multiplication des divorces chez les couples monogames pour justifier ce retour salvateur aux sources ancestrales. Les Camerounaises sont-elles prêtes à sauter le pas pour sauver leur couple ? Le scepticisme grandit pourtant chez les observateurs de la société civile.
Certains hommes présents dans l’assemblée, comme le participant Ragil Brand, estiment qu’il faut avancer prudemment pour ne pas brusquer la première conjointe. L’honnêteté reste la clé pour éviter les drames familiaux. C’est indispensable. La promotion de la polygamie au Cameroun par des femmes reste un phénomène marginal mais bruyant.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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