Poverty porn : le Burkina Faso interdit désormais cette pratique

Début juillet, le Burkina Faso a adopté un décret qui interdit le « Poverty porn », cette pratique des réseaux sociaux qui consiste à exposer l’image des personnes vulnérables à côté des dons qu’on leur distribue. Propulsé par les influenceurs, ce phénomène remonte aux années 1980, quand les ONG internationales utilisaient des images chocs pour susciter la compassion et la générosité.

Réuni à Ouagadougou, le jeudi 2 juillet, le gouvernement burkinabè a adopté un texte qui encadre l’aide humanitaire dans le pays. Une ligne de ce décret stipule qu’il est désormais interdit de mettre en scène la misère de ceux ou celles qu’on aide. Cette mise en garde signifie qu’on ne peut plus filmer une personne pauvre à côté du sac de riz qu’on vient de lui offrir, par exemple. Elle vise à valoriser la personne plutôt que de la réduire à un bénéficiaire passif.

L’interdiction du poverty porn s’accompagne d’autres mesures

La ministre de l’Action humanitaire et de la solidarité nationale Passowendé Pélagie Kaboré, qui a porté le texte, insiste sur le respect de la dignité des plus vulnérables. En d’autres mots, elle appelle les influenceurs à cesser d’exhiber les pauvres comme des trophées de générosité. Outre la communication sur les dons, elle a annoncé plusieurs autres mesures visant à encadrer ces actions de bonté. Comme une obligation d’accréditation pour les organisations humanitaires, un taux de 60 % des financements consacrés au « relèvement précoce » et à l’autonomisation des bénéficiaires, ainsi que l’achat de produits locaux pour les dons alimentaires.

L’interdiction du poverty porn intervient dans un contexte de méfiance envers les ONG occidentales

Ce décret contre le poverty porn intervient dans un contexte de méfiance envers les ONG internationales, depuis la prise du pouvoir le capitaine Ibrahim Traoré le 30 septembre 2022. Le régime critique régulièrement les rapports d’organisations des droits de l’homme comme Amnesty International, les jugeant biaisés ou mensongers. Si la réception de dons d’humanitaires occidentaux ne cadre pas avec les prétentions souverainistes des militaires à Ouagadougou, ceux-ci souhaitent que ces actions se fassent au moins dans le respect de la dignité de l’Africain. On peut aider une personne sans la rabaisser.

Même assistée, l’Afrique a droit au respect de sa dignité

En interdisant le Poverty porn, les autorités burkinabés souhaitent faire passer un message : même si l’Afrique est une éternelle assistée, elle ne doit pas être humiliée car elle ne mendie pas. Cependant, si cette pratique est condamnable sous tous ses aspects, elle témoigne des réels besoins d’un continent plein de richesses, mais pauvre. L’Afrique souffre de la mauvaise gouvernance et de la prédation. Tant que les populations ne placeront pas à leur tête des dirigeants honnêtes et travailleurs, rien ne changera. Les mêmes problèmes persisteront : pauvreté, chômage, manque d’accès aux soins de santé ou à l’eau potable, etc.

Ce sont les ONG internationales qui ont lancé la tendance et les influenceurs l’ont popularisée

Notons que les influenceurs n’ont pas inventé le « Poverty porn ». S’ils l’ont popularisé, ce procédé date des années 1980, quand les ONG internationales utilisaient des images chocs pour faire pleurer dans les chaumières et récolter assez de dons.

Sur d’anciennes photos, on peut toujours voir des humanitaires blancs rayonnants parmi des enfants faméliques ou aux ventres gonflés, avec de grosses mouches sur le visage. Ces visuels frappent les esprits et suscitent une grande pitié. Mais les grandes organisations ont vite abandonné cette mise en scène, conscientes qu’elle touchait à la dignité humaine. Aujourd’hui, « la pornographie de la pauvreté » est pratiquement le seul fait des créateurs de contenus.

MrBeast, roi du poverty porn

Jimmy Donaldson, alias MrBeast, est le maître du genre. Cet influenceur américain gère la chaîne YouTube la plus suivie au monde (avec 484 millions d’abonnés) et possède une fortune estimée à 2,6 milliards de dollars américains. On le connait pour avoir creusé de nombreux puits d’eau en Afrique, pour avoir fait construire des maisons et financé des opérations de la cataracte.

Mais le jeune homme est critiqué pour sa manie à mettre en spectacle la souffrance, à exploiter la vulnérabilité et à se livrer au « white saviorism » ou le mythe du « sauveur blanc ». En France, le plus célèbre dans cette pratique est Dylan Thiry. Cet ancien de la téléréalité « Koh-Lanta » s’est reconverti en influenceur humanitaire. Soupçonné d’avoir détourné une partie des fonds reçus pour s’offrir des voitures de luxe, il doit comparaître devant un juge en décembre prochain.


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