Radié de la magistrature en Guinée, Kaman Gogana Konomou réagit : « C’est une mort avant la mort »

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Radié du corps de la magistrature par décret du chef de l’État guinéen le 1er août dernier pour « manquement à ses obligations statutaires particulières de réserve, d’honneur, de dignité, de probité et de loyauté », Kaman Gogana Konomou, un jeune magistrat, a réagi ce jeudi sur son compte Facebook aux conséquences de cette mesure. Privé de sa robe, de son bureau et de ses fonctions, dit-il, le désormais ancien magistrat affirme vivre cette radiation comme « une mort avant la mort », tout en réaffirmant son attachement à l’État et son engagement à préserver le secret des délibérations et des votes. Réaction…

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Une décision qui me frappe durement comme un coup de foudre, lourdement comme une grosse pierre tombante du ciel, elle remet en cause ma citoyenneté, les sacrifices consentis pour ma nation, les nuits blanches pour mes décisions en dépit des multiples anicroches ; C’est un réveil brusque d’une personne qui rêve, c’est retirer le sein de la bouche d’un bébé au moment où il pleure. Cependant, le sein d’une femme ne sert pas que d’ornement ou de nourriture pour son bébé mais une communion entre le bébé et sa mère. La nourrice ne se nourrit pas pour survivre, elle se nourrit pour pouvoir nourrir son bébé.

Je compare ma radiation au supplice suprême, à la plus grosse sentence qu’un condamné à mort peut subir, c’est le coup de sifflet avant la faute,
c’est plus que le taureau d’airain, plus dur que la peine capitale, plus dur que l’écorchement, c’est une mort avant la mort, c’est la crucifixion mentale de l’homme et la vente aux enchères en l’absence du client.

Par ce décret, j’ai été privé de mon stylo, de mon bureau, de ma robe de magistrat, de mon sceau ; je n’ai plus le droit d’interroger, d’auditionner, de rechercher la vérité judiciaire,je n’ai plus le droit de me confronter à un avocat, d’examiner un PV de police, mais j’ai servi l’Etat et je garderai pour toujours le Secret des délibérations et des votes. Je me comporterai en digne et loyal magistrat même après ma radiation peu importe les circonstances et les motifs de ma radiation.

Le décret qui me radie ne m’a pas que sanctionné, il a tué un jeune, tué sa famille, détruit sa réputation, sa carrière, sa vision de la justice, son regard, son honorabilité, sa dignité et sa survie.

Enfin je n’ignore plus que la liberté d’expression professionnelle du magistrat prévue par le statut est désormais un piège voire même le mythe de la caverne.

Merci à toutes et tous pour vos messages de soutien, je me porte bien et j’espère reprendre un jour ma robe.

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