Le remaniement ministériel promis par Paul Biya tarde. Pas seulement à cause des rivalités entre clans, même si elles existent. Selon nos informations, plusieurs chantiers institutionnels d’envergure conditionnent la formation du prochain gouvernement : création d’un poste de vice-Premier ministre, nouveaux ministères, refonte territoriale. Le tout supervisé par Ferdinand Ngoh Ngoh et Samuel Mvondo Ayolo. Ce n’est pas un simple remaniement qui se prépare.
Une architecture gouvernementale en cours de redessein
L’organigramme qui sortira de la présidence ne ressemblera pas à l’actuel. Plusieurs portefeuilles seraient modifiés ou créés. Le ministère de la Justice deviendrait « ministère de la Justice et des Droits de l’Homme », un ajout qui ressemble davantage à un signal diplomatique qu’à une réforme de fond, à destination d’une communauté internationale régulièrement critique sur la situation des droits humains au Cameroun. Le ministère du Contrôle supérieur de l’État intégrerait la mention « Transparence publique ».
Sont également prévus, selon nos sources, un ministère des Mines et des Hydrocarbures, un ministère des Infrastructures urbaines, et un portefeuille dédié à la Femme, la Famille et l’Équité.
Mais la nouveauté la plus structurante reste la création envisagée d’un poste de vice-Premier ministre, inexistant dans l’organigramme actuel. Une source proche de la présidence évoque une « volonté de renforcer la coordination de l’action gouvernementale ». Cette création intervient alors que la révision constitutionnelle en cours prévoit déjà la réintroduction d’une vice-présidence de la République. Des experts dépêchés depuis l’Europe, encadrés par des juristes camerounais, travailleraient sur les textes organisant cette nouvelle institution. Paul Biya devra encore valider l’ensemble.
Des chantiers qui vont bien au-delà du gouvernement
C’est là que le dossier devient plus complexe qu’il n’y paraît.
Plusieurs réformes territoriales sont en discussion en parallèle : augmentation du nombre de députés à l’Assemblée nationale, actuellement fixé à 180, création de nouvelles communes, révision du décret de juillet 1977 sur les chefferies traditionnelles. L’objectif serait de renforcer le rôle de ces autorités dans les conseils régionaux, dans le prolongement de la réforme du Code général des collectivités décentralisées de 2019.
Dans le secteur éducatif, un rapprochement entre l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique est à l’étude, pour rompre l’isolement de deux univers accusés d’évoluer sans jamais vraiment se parler.
Enfin, une Agence nationale pour la sécurité électronique serait en préparation, rattachée directement à la DGRE, le renseignement extérieur. Le Cameroun a subi plusieurs cyberattaques ces dernières années, et la montée des arnaques en ligne préoccupe les autorités.
On ne sait pas encore quel calendrier sera retenu pour finaliser l’ensemble de ces arbitrages. Mais une chose semble acquise : ce gouvernement prend du temps parce qu’il est censé porter plus qu’un simple rééquilibrage politique.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.
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