Réouverture de la frontière Niger-Bénin: «Des deux côtés, on redoute des infiltrations» – Le grand invité Afrique
Après trois ans de fermeture, va-t-on vers une réouverture de la frontière entre le Niger et le Bénin ? C’est l’espoir de nombreux habitants de ces deux pays, après la visite du Premier ministre nigérien, Ali Lamine Zeine, à Cotonou. C’était dimanche dernier pour l’investiture du nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni. « Entre le Niger et le Bénin, c’est une nouvelle voie qui s’ouvre », a déclaré à cette occasion le Premier ministre du Niger. L’économiste français Olivier Vallée a été conseiller technique au Niger, où il a gardé de précieux contacts. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : « Entre le Niger et le Bénin, c’est une nouvelle voie qui s’ouvre », a déclaré le Premier ministre du Niger, Ali Lamine Zeine, lors de son déplacement dimanche à Cotonou pour l’investiture du président Wadagni. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Olivier Vallée : Ça signifie que, malgré les tensions qui ont existé entre les deux États, il reste la profonde relation entre les deux pays dans la mesure où le Bénin est le débouché naturel du Niger et vice versa. Et je pense que ce qui aide beaucoup à cette décrispation entre les deux pays, c’est sans doute le fait que le président Tiani, qui avait eu des propos assez durs à l’égard du Bénin et du président Talon, n’ait pas fait le voyage. Donc, ça a évité d’évoquer des passifs ou des mots douloureux.
Alors, depuis l’arrivée au pouvoir au Niger du général Tiani, la frontière Niger-Bénin est fermée. Et, comme vous dites, le Bénin était le débouché naturel du Niger, est-ce que cette frontière pourrait réouvrir ?
Je crois qu’elle est d’une certaine façon contournée. Donc, ce n’est pas absolument une priorité. Elle est contournée parce qu’une bonne partie des marchandises qui viennent du Bénin passent par le Nigeria et rentrent un peu plus haut au Niger. Mais il reste des deux côtés… Donc, ce n’est pas simplement la mauvaise volonté du président Tiani du point de vue de la fermeture de cette frontière, il y a aussi que, des deux côtés, on redoute des infiltrations. Pour la partie nigérienne, la présence d’éléments américains et d’éléments français très visibles. Les Français utilisent des hélicoptères, utilisent des drones, surveillent le Niger. Donc, du côté de l’armée nigérienne, il y a le sentiment d’une menace. Et, en sens inverse, du côté béninois, bien entendu, on a peur de la pénétration du Jnim et de l’État islamique au Sahel.
Alors, il y a en effet des militaires français qui sont présents sur le sol béninois et on l’a vu notamment lors de la mise en échec du putsch du mois de décembre dernier à Cotonou. Mais qu’est-ce qui prouve que les Français et les Béninois veulent agresser le Niger, comme le dit le ministre de l’Intérieur du Niger, le général Toumba ?
Le ministre de l’Intérieur est peut-être obligé pour un certain nombre de raisons de faire peut-être de la surenchère. Mais malgré tout, sans parler d’agression, il est indéniable que cette frontière est surveillée par la partie française. Et, du côté du Niger, on ressent que ces missions de reconnaissance par drone ou par hélicoptère surveillent de près les éléments armés nigériens. Donc, il y a une méfiance qui finira par être levée. Donc, je pense que, sur la frontière, il y a des axes sûrs qui finiront par être ménagés. Mais la présence française, vu le comportement diplomatique du gouvernement français, ou peu diplomatique, je dirais, du gouvernement français vis-à-vis du Niger, ne fait rien pour faciliter la réouverture de cette frontière.
C’est sans doute au Niger que le colonel béninois Pascal Tigri a trouvé refuge après son coup d’État manqué de décembre dernier à Cotonou. La présence du Premier ministre du Niger au Bénin dimanche dernier, est-ce que c’est le signe que le pouvoir du Niger a renoncé à soutenir les candidats putschistes chez son voisin du sud ?
Je pense qu’il n’y a pas eu de soutien de cette opération de renversement du président Talon. Et je pense que le refuge du putschiste était un petit peu induit par la géographie plus que par le soutien que lui aurait apporté le Niger. Bon, aucune preuve n’a été fournie dans ce sens. Et son séjour au Niger aura été de courte durée. Et le passage de témoin au nouveau président est, par la présence du Premier ministre nigérien, Ali Lamine Zeine, l’occasion sans doute d’effacer l’ardoise sur cet épisode comme sur d’autres. Donc, espérons que le signal donné par la sympathie de l’accueil fait au Premier ministre nigérien sera le début d’une réconciliation, peut-être par le bas. Une visite du nouveau président béninois à Niamey n’est pas du tout une chose impossible.
Donc, une visite de Romuald Wadani à Niamey est programmée ?
Elle est en tout cas sur les tablettes des relations de bon voisinage qu’a annoncées le Premier ministre nigérien.
Et le colonel putschiste Pascal Tigri, savez-vous où il est passé ?
Aux dernières informations, il n’est plus au Niger. Il est sans doute dans l’AES, mais pas au Niger.
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