Le Sénégal a renforcé sa répression de l’homosexualité. Le pays a adopté, en mars, une nouvelle loi qui double les peines prévues pour les relations homosexuelles. Celles-ci peuvent désormais entraîner une peine de prison allant de cinq à dix ans.
Ces derniers mois, les autorités sénégalaises ont arrêté plus d’une centaine de personnes pour homosexualité présumée. Les hommes formaient la très grande majorité des personnes interpellées. Parmi eux figuraient aussi des célébrités locales.
Certaines personnes arrêtées faisaient l’objet d’accusations de transmission volontaire du sida. Ces procédures se sont déroulées dans un contexte de vague d’homophobie dans le pays.
Décision à l’issue de l’instruction
Le procureur de la République auprès du tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye, dans la région de Dakar, a détaillé les suites judiciaires. Saliou Dicko a communiqué ces éléments vendredi soir.
Au terme de l’instruction, « 28 inculpés ont bénéficié d’un non-lieu total tandis que 71 ont été renvoyés pour les infractions d’association de malfaiteurs et d’actes contre nature », a-t-il indiqué dans son communiqué.
Les 71 hommes renvoyés devant le tribunal doivent donc répondre de deux chefs d’accusation. Le premier concerne l’association de malfaiteurs. Le second porte sur les « actes contre nature ».
Le parquet a retenu une autre décision pour les accusations liées à la santé. Le procureur a précisé que l’instruction n’avait pas conduit au renvoi des personnes concernées sur ces points.
Les infractions de « mise en danger de la vie d’autrui, de transmission volontaire du VIH SIDA » ont fait l’objet d’un non-lieu. Cette décision concerne les accusations formulées au cours de la procédure.
Le cas d’un ressortissant français
Saliou Dicko a également évoqué le cas d’un Français. Le procureur a fait cette déclaration samedi à l’AFP.
Cet homme est ingénieur. Il a une trentaine d’années et réside à Dakar. Les autorités sénégalaises le détenaient depuis le 14 février.
Il était notamment poursuivi pour « actes contre-nature ». Selon le procureur, il a bénéficié du non-lieu prononcé à l’issue de l’instruction.
Le communiqué ne précise pas les autres personnes ayant obtenu un non-lieu total. Il indique toutefois que 28 inculpés ont bénéficié de cette décision.
La procédure se poursuit cependant. Le ministère public ne partage pas la décision rendue à l’issue de l’instruction pour l’ensemble des infractions visées.
Un appel déjà engagé
Le ministère public « qui avait requis le renvoi de tous les inculpés pour ces diverses infractions » a déjà fait appel, selon Saliou Dicko. Le parquet souhaitait donc renvoyer tous les inculpés devant la justice pour les différentes infractions retenues au cours de la procédure.
Le procureur a indiqué que l’appel devrait intervenir dans quelques semaines. Cette démarche vise la décision de non-lieu prononcée pour une partie des personnes inculpées et des faits examinés.
Les arrestations récentes ont concerné plus d’une centaine de personnes. Elles ont eu lieu après le durcissement de la législation sénégalaise sur les relations homosexuelles.
La loi votée en mars prévoit désormais des peines de cinq à dix ans de prison. Avant ce changement, les peines encourues étaient deux fois moins élevées, selon la présentation faite de cette réforme.
Une tendance régionale
Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont adopté ces derniers mois des lois qui condamnent l’homosexualité. Pour certains États, ces textes constituent une première.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus générale sur le continent africain. Elle correspond à un renforcement de la répression visant la communauté LGBT+.
Dans ce contexte, seuls environ vingt pays africains sur 54 ne criminalisent pas l’homosexualité. La majorité des États du continent prévoit donc une criminalisation de ces relations.
Avec AFP
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