Selon les données du ministère de la Santé de la République démocratique du Congo, au 10 juillet, le pays recensait 1 792 cas d’Ebola, dont 625 décès. Cependant, le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur des situations d’urgence à l’OMS, a déclaré que les modèles épidémiologiques et les taux de positivité des tests suggèrent que le nombre réel de cas pourrait être deux à quatre fois supérieur au nombre confirmé. Ce qui inquiète particulièrement l’OMS, c’est que près de 80 % des nouveaux cas à Bunia, capitale de la province d’Ituri – épicentre de l’épidémie – ne concernent pas des personnes ayant été en contact avec des patients connus. Autrement dit, la majorité des nouveaux cas résultent de chaînes de transmission que le secteur de la santé ne maîtrise pas. Sans identification de la source d’infection, le traçage des contacts, l’isolement et le confinement deviennent beaucoup plus difficiles, permettant au virus de se propager silencieusement au sein de la communauté.
Bien que 90 % des cas restent concentrés dans la province d’Ituri, notamment dans les régions de Bunia, Rwampara, Mongbwalu et Nyakunde, le virus n’y est plus confiné. L’OMS a confirmé la propagation d’Ebola au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et, plus récemment, le 10 juillet, un premier cas a été enregistré dans la province de Tshopo. La propagation de la maladie à travers plusieurs provinces reflète la complexité des déplacements dans l’est du Congo, une région marquée par une importante activité minière et un commerce transfrontalier intense. Les populations se déplacent fréquemment d’une localité à l’autre, voire vers les pays voisins, pour des raisons commerciales ou professionnelles. Lorsqu’un porteur asymptomatique quitte l’épicentre de l’épidémie, le risque d’une nouvelle épidémie ailleurs est très élevé.
La difficulté à maîtriser l’épidémie tient également aux caractéristiques de la souche Bundibugyo du virus. Selon l’OMS, cette souche tend à provoquer des symptômes plus bénins que la souche Zaïre, responsable d’importantes épidémies par le passé. Ce phénomène contribue involontairement à minimiser la vigilance du public. Nombre de patients ne présentent initialement qu’une légère fièvre ou de la fatigue et préfèrent donc se soigner eux-mêmes à domicile plutôt que de consulter un médecin. Plus les patients restent longtemps dans la communauté, plus le virus a le temps de se propager à leurs proches et à leur entourage. C’est aussi une des raisons pour lesquelles le taux de mortalité hors des structures de soins demeure élevé.
Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a également lancé un avertissement concernant l’impact de la maladie sur les enfants. Selon les statistiques, les enfants représentent environ 15 % des cas d’Ebola, mais plus d’un quart des décès, et des centaines d’entre eux ont perdu un parent à cause de la maladie.
Parallèlement, le système de santé congolais est déjà soumis à une pression immense après des années de conflit et de sous-investissement. Les centres de traitement d’Ebola en Ituri fonctionnent quasiment à pleine capacité, le personnel soignant manque d’équipements de protection et les capacités de dépistage et de transport des patients ne suivent pas le rythme de l’augmentation du nombre de cas. Afin d’améliorer le dépistage précoce, le gouvernement congolais a lancé un programme de formation de 21 000 agents de santé communautaires. Ces agents effectueront un travail de porte-à-porte pour identifier les personnes présentant des symptômes, les accompagner dans leurs déclarations de santé, les encourager à se faire soigner et participer au traçage des contacts.
Bien que l’épidémie d’Ebola soit actuellement circonscrite au Congo, l’OMS estime élevé le risque de propagation aux pays voisins. L’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Soudan du Sud, le Congo et la République centrafricaine ont tous renforcé la surveillance de leurs frontières et élaboré des plans d’intervention.
L’OMS évalue actuellement le risque régional d’Ebola comme élevé, tandis que le risque mondial demeure faible en raison de l’absence de transmission généralisée en dehors de l’Afrique centrale. Cependant, le fait que la majorité des nouveaux cas n’aient pas de source identifiable, que la maladie continue de se propager à de nouvelles provinces et que les capacités de détection soient limitées indiquent que la lutte contre Ebola en République démocratique du Congo sera longue. Les experts de la santé estiment que, sans une rupture rapide des chaînes de transmission communautaire, un renforcement des capacités de surveillance et une mobilisation accrue des ressources internationales, l’épidémie actuelle pourrait continuer à se propager, menaçant non seulement le système de santé congolais, déjà fragile, mais aussi l’ensemble de la région d’Afrique centrale.
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