Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, assoit ses marques. À peine installé, il se démarque de son mentor Patrice Talon.
Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, a mis en œuvre sans tarder le devoir d’ingratitude. Il montre qu’il n’est pas un héritier sans personnalité. Il s’affirme et installe ses marques. Sur le plan diplomatique, mais aussi dans la gouvernance politique au quotidien. Il a un septennat et comme on dit, celui qui veut aller loin, ménage sa monture.
Un démarrage en trombe qui pourrait perturber la sous-région. Depuis juillet 2023, avec le coup d’État contre Mohamed Bazoum, au Niger, un état de fait s’était installé dans cette partie de l’Afrique, mettant face à face deux dynamiques politiques conflictuelles. D’un côté les États de la Cédéao, majoritairement des démocraties, et de l’autre l’Alliance des États du Sahel (AES) sous le joug de militaires, qui se sont servis de la crise du terrorisme pour réinstaller l’autoritarisme militaire dans les trois pays, qui, pensait-on, avaient définitivement épousé la démocratie au tournant de la décennie 1990.
Cette situation a structuré les partenariats de la sous-région, avec des États qui s’étaient institués en « go-between » entre les deux blocs. Wadagni rebats les cartes. Peut-il réussir là où la Cédéao a essuyé sans cesse le refus des juntes ? Il bénéficie de circonstances favorables. Premièrement, la Cédéao n’a jamais renoncé à ramener le trio de l’AES au bercail. Les fins de non-recevoir répétées des juntes ne l’ont jamais découragé. Son tout nouveau médiateur pour l’AES, l’ancien Premier ministre de la Guinée, Lansana Kouyaté, est à l’œuvre. Il se démène comme il peut.
Puis, il y a eu, le 25 avril 2026, le raid de la coalition FLA-Jnim sur plusieurs villes du Mali, dont Kati, le siège du pouvoir, qui s’est soldé par l’assassinat du puissant ministre de la Défense Sadio Camara. L’AES traverse depuis un moment des incertitudes. Assimi Goïta peine à reprendre en main la situation, malgré le soutien réaffirmé de Moscou. À Ouagadougou, Ibrahim Traoré n’est pas en bien meilleure posture. La répression qu’il abat, sans discernement, sur des leaders religieux, jusque-là ses partisans fieffés, érode sa base sociale et fait enfler des rumeurs corrosives sur des mésententes au sommet du pouvoir militaire. Enfin, Wadagni, en initiant la détente avec l’AES, lève la mise en quarantaine du Bénin et favorise une reconfiguration des rapports diplomatiques dans cet espace en grande souffrance.
Patrice Talon parti, Wadagni plus conciliant, s’ouvre donc une nouvelle ère de concorde entre Sahéliens et leurs voisins du golfe de Guinée ? C’est vrai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Probablement que le dégel ne sera pas immédiat. Mais Wadagni donne un peu d’air à son pays. Avec le Niger, les transactions vont se normaliser, puisqu’elles ne s’étaient jamais vraiment arrêtées. Cette détente va faire du bien aux deux pays. Avec le Burkina, le Bénin aura de nouveau le droit de poursuite contre les terroristes, sur une partie du territoire burkinabè (qui échappe au contrôle de Ouagadougou), devenue depuis le sanctuaire de ceux qui régulièrement attaquent le septentrion béninois. Ce qui va donner une profondeur stratégique à Cotonou, pour mieux se prémunir des terroristes.
Quid de Ouattara et de Tinubu, les bêtes noires de l’AES ? Au Nigeria, Tinubu s’apprête à affronter en février 2027 une présidentielle incertaine. Une éventuelle alternance au Nigeria élargirait le camp du dégel. Si l’AES survit jusqu’à cette date. Le régime de Ouattara sait se montrer pragmatique. Il n’a jamais fermé la porte à l’AES. Dans une nouvelle dynamique sous-régionale, il reste incontournable. Grand fournisseur d’électricité dans la sous-région, ce dont manquent cruellement le Mali et le Burkina Faso, c’est une de ses stratégiques cartes de visite.
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