S.E.M. Garba Seyni, ambassadeur de la République du Niger auprès de la République Populaire de Chine : « Notre coopération vieille de plus de cinquante ans traverse actuellement une phase d’accélération et de redéfinition stratégique majeure »
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Le Niger et la Chine entretiennent des relations diplomatiques depuis le 29 juillet 1974. Dans cette interview, l’Ambassadeur de la République du Niger auprès de la République populaire de Chine, Son Excellence Monsieur Garba Seyni, évoque l’état actuel de cette coopération bilatérale, la vie des Nigériens en Chine, la suppression des droits de douane par la Chine au profit des pays africains, ainsi que les secteurs prioritaires offrant le plus grand potentiel de coopération.
La Chine célèbre le 70è anniversaire de ses relations diplomatiques avec les pays africains et arabes, dont le Niger. Excellence, quel est aujourd’hui l’état de la coopération entre le Niger et la Chine ?
Je peux affirmer que la coopération entre la République du Niger et la République Populaire de Chine est exemplaire, en dépit du différend pétrolier qui a opposé les deux parties pendant environ un an et qui a finalement trouvé un dénouement heureux grâce à la clairvoyance des négociateurs. A ma connaissance, aucun pays ami n’a autant investi au Niger que la Chine. Je peux citer à titre d’exemples les nombreuses infrastructures majeures réalisées par la Chine à titre de dons au profit du Niger depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays le 29 Juillet 1974, le Stade Général Seyni Kountché, les 2ème et 3ème ponts sur le fleuve Niger à Niamey et l’Hôpital Général de Référence à Niamey. Actuellement, la Chine est en train de réhabiliter le tronçon de la RTA, Abalak-Tamaya, long de 71 km au grand bonheur des usagers. Les autorités chinoises ont su s’adapter aux priorités des plus hautes autorités nigériennes. Notre coopération, vieille de plus de cinquante ans, traverse actuellement une phase d’accélération et de redéfinition stratégique majeure.
La Chine est un pays vaste et attractif. Pouvez-vous nous indiquer combien de Nigériens y résident actuellement et dans quels secteurs d’activité ils sont majoritairement engagés ?
L’immatriculation des nigériens résidant en Chine a été lancée le 04 avril 2025 en vue de l’établissement des cartes consulaires. A la date d’aujourd’hui, le service consulaire de l’Ambassade a délivré 731 cartes consulaires. L’opération se poursuit normalement. Le nombre de Nigériens en Chine est présentement estimé à 2 000. La communauté nigérienne en Chine est composée essentiellement de ressortissants exerçant dans les domaines du commerce général et du transport de marchandises (frets maritime et aérien), qui sont établis notamment dans les villes de Guangzhou (Province du Guangdong), de Yiwu (Province du Zhejiang) et d’étudiants à travers la Chine continentale. Il y a aussi quelques ressortissants exerçant dans des sociétés et entreprises chinoises ou dans les hôpitaux. Enfin, certains compatriotes enseignent dans des écoles et universités chinoises.
On sait que nos compatriotes vivant à l’étranger sont souvent confrontés à certaines difficultés. Quelles sont les préoccupations particulières dont les Nigériens se plaignent ici ?
Les nigériens en Chine se plaignent en général des difficultés relatives à l’obtention des titres de séjour (visas, permis de résidence). Certains compatriotes rencontrent des problèmes pour la non-observation des lois et règlements du pays d’accueil par méconnaissance. En tant que Représentation Diplomatique, nous intercédons auprès des autorités compétentes chinoises à chaque fois qu’un compatriote se trouve en difficulté afin de régulariser sa situation. Il arrive aussi que des ressortissants nigériens rencontrent des litiges commerciaux avec des revendeurs ou sociétés privées chinoises, l’Ambassade intervient dans ces cas pour des règlements à l’amiable.
L’année 2026 est perçue comme une étape importante dans le renforcement des relations économiques entre la Chine et les pays africains, notamment avec la suppression des tarifs douaniers. Quelle appréciation faites-vous de cette mesure ?
Dans le principe, c’est une bonne chose pour les pays africains. C’est une mesure unilatérale des autorités compétentes chinoises pour aider les pays africains à renforcer les échanges commerciaux avec la Chine. Elle est bénéfique à la Chine également. Cependant, pour augmenter le flux commercial, il faut produire plus car la Chine est un grand marché avec une population estimée à 1,4 milliard d’habitants. Malheureusement, nombre de pays africains ne sont pas de grands producteurs agricoles ou de minerais à un niveau escompté.
Concrètement, quels avantages le Niger peut-il tirer de cette décision ?
Effectivement, le Niger, à l’instar des autres pays africains, bénéficie de la politique chinoise de tarif douanier zéro (exemption totale des droits de douane pour l’exportation), offrant des avantages majeurs. Les produits nigériens (tels que le sésame, les produits à base d’oignon, le bétail et le cuir) peuvent entrer sur le vaste marché chinois avec un avantage de prix significatif par rapport aux taxes habituelles.
Je pense que cette mesure pourrait encourager le Niger à exporter davantage vers la Chine des produits agricoles transformés à plus forte valeur ajoutée, au lieu de se limiter aux matières premières brutes.
Selon moi, il s’agit pour le Niger de renforcer sa coopération avec la Chine dans les secteurs prioritaires identifiés en vue d’augmenter la production, transformer les produits sur place avant toute commercialisation pour des questions de plus-value et de création d’emplois au profit de la jeunesse.
Néanmoins, pour maximiser les retombées, le Niger devra surmonter les barrières non tarifaires en respectant strictement les normes sanitaires et phytosanitaires exigées par les douanes chinoises.
Vous êtes accrédité en Chine depuis un certain temps, dans un contexte marqué par la Refondation. Selon vous, quels sont les secteurs prioritaires offrant le plus grand potentiel de coopération entre le Niger et la Chine dans les années à venir ?
En réalité, la Chine, malgré sa modestie, possède de l’expertise avérée dans tous les domaines d’activités. La Chine possède une expertise inégalée que le Niger exploite déjà pour moderniser ses infrastructures de transport.
Il appartient au Niger de déterminer ses priorités et venir discuter avec la Chine pour chercher les solutions les plus adaptées à ses priorités.
La Refondation veut dire aussi faire des choix stratégiques dans l‘intérêt supérieur de la Nation. Je pense que les priorités du Niger pourraient se décliner, entre autres, comme suit : l’agriculture en vue d’atteindre l’autosuffisance alimentaire ; l’énergie, parce que tous les secteurs d’activés ont besoin de l’énergie pour se développer ; les infrastructures d’une manière générale ; la technologie (avec un accent particulier sur le transfert des compétences).
La Chine a fait ses preuves dans tous les domaines ci-dessus énumérés. Elle a connu une grande famine de 1959 à 1961, mais après cette triste période, elle est devenue autosuffisante. Concernant l’énergie, ça me fait 4 ans ici en Chine, mais je n’ai jamais constaté une coupure d’électricité.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux autorités nigériennes et chinoises afin de renforcer davantage cette coopération ?
La coopération sino-nigérienne est naturellement bénéfique aux deux pays. J’invite par conséquent le Niger et la Chine à explorer d’autres secteurs en vue de diversifier et d’approfondir cette coopération mutuellement avantageuse. En plus du volet agriculture, en perspective les secteurs des mines et de l’énergie pourraient être des créneaux porteurs d’espoir. Je pense que nous devrions continuer à mettre l’accent sur le transfert technologique ainsi qu’une formation professionnelle accrue au profit de la main-d’œuvre locale afin d’assurer l’autonomisation du Niger. Aussi, nous devrions prioriser la transformation locale des matières premières (pétrole, uranium, or, etc.) pour créer plus de valeur ajoutée et d’emplois.
Enfin, quel message à l’endroit de la Diaspora nigérienne en Chine ?
J’invite la diaspora nigérienne en Chine et dans les autres pays de notre juridiction au respect strict des lois et règlements du pays d’accueil et à se consacrer pleinement à leurs activités génératrices de revenus tout en donnant une image positive et digne du Niger. Ils doivent être toujours solidaires et garder à l’esprit d’aller investir au Niger pour le bien-être de nos populations. Ils doivent participer activement au développement socio-économique et à la dynamique de refondation nationale, à l’image des élans de solidarité passés notamment les soutiens financiers à travers le Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP).
Entretien réalisé par Abdoul Aziz Ibrahim Souley, à Pékin
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