Sénégal : le SYDEPS dénonce une exclusion lors du recrutement de 2 500 agents – Africtelegraph

Le recrutement de 2 500 agents de santé au Sénégal, présenté par les autorités comme une réponse à la pression croissante sur le système hospitalier, suscite une vive contestation syndicale. Ibrahima Coulibaly, secrétaire général du Syndicat démocratique des étudiants et professionnels de la santé (SYDEPS), estime que le processus en cours laisse sur le carreau plusieurs catégories de diplômés issus des écoles publiques et privées de formation paramédicale. Le responsable syndical dénonce un mécanisme de sélection qu’il juge opaque et qui, selon lui, ne reflète ni la cartographie réelle des besoins sanitaires, ni la sociologie des sortants des filières concernées.

Un recrutement contesté dans ses critères et son périmètre

Au cœur des griefs portés par le SYDEPS figure la question des profils retenus. D’après Ibrahima Coulibaly, plusieurs spécialités pourtant essentielles au fonctionnement des structures de premier niveau seraient absentes ou sous-représentées dans la grille de recrutement. Le syndicaliste évoque une exclusion de fait, qui frappe en particulier les diplômés ayant achevé leur formation depuis plusieurs années sans parvenir à intégrer le service public hospitalier. Cette frange, dont les contours restent imprécis faute de recensement officiel exhaustif, constitue selon lui un vivier sacrifié au profit de critères qu’il qualifie d’arbitraires.

La contestation porte aussi sur le calendrier. Le SYDEPS reproche aux autorités d’avoir conduit le processus sans concertation préalable suffisante avec les organisations représentatives du secteur. Pour Ibrahima Coulibaly, une opération d’une telle ampleur, qui mobilise des ressources budgétaires conséquentes et engage la qualité de l’offre de soins pour plusieurs années, aurait dû faire l’objet d’un dialogue tripartite associant ministère, syndicats et établissements de formation. L’absence d’un tel cadre nourrit, selon le responsable, un sentiment d’arbitraire dans le traitement des candidatures.

La précarité des diplômés, un mal ancien que le plan ne résorbe pas

Au-delà des modalités techniques, la sortie d’Ibrahima Coulibaly remet en lumière un mal structurel du secteur sanitaire sénégalais : la précarité durable des jeunes diplômés. Infirmiers, sages-femmes, techniciens supérieurs et autres profils paramédicaux sortent chaque année des établissements de formation sans perspective immédiate d’intégration. Beaucoup enchaînent contrats à durée déterminée, vacations dans des structures privées et périodes de chômage. Cette situation, dénoncée de longue date par les organisations professionnelles, alimente une fuite des compétences vers d’autres pays de la sous-région et, parfois, vers l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Le syndicat souligne le paradoxe : alors que les indicateurs sanitaires nationaux mettent en évidence un déficit chronique en personnel qualifié, en particulier dans les régions de l’intérieur du pays, des centaines de diplômés demeurent sans poste. La cartographie des affectations, lorsqu’elle est rendue publique, révèle une concentration des effectifs dans la capitale et les grandes villes au détriment des zones rurales. Le recrutement annoncé de 2 500 agents aurait pu, dans la lecture du SYDEPS, constituer un levier de rééquilibrage. Encore aurait-il fallu que ses critères soient adossés à un diagnostic territorial robuste.

Un test pour la gouvernance sanitaire des nouvelles autorités

La sortie médiatique du SYDEPS intervient alors que les nouvelles autorités sénégalaises ont fait de la souveraineté sanitaire et de la valorisation du capital humain un axe affiché de leur politique publique. Le traitement réservé aux revendications du secteur paramédical sera scruté par les partenaires sociaux comme par les bailleurs internationaux qui accompagnent le système de santé du pays. Plusieurs syndicats du secteur ont déjà laissé entendre qu’ils pourraient se joindre à la mobilisation si un dialogue formel n’était pas ouvert dans les prochaines semaines.

Reste à savoir comment le ministère de la Santé arbitrera entre l’urgence d’absorber un déficit de personnel évalué à plusieurs milliers d’agents par les organisations professionnelles, et la nécessité de garantir la transparence d’un processus de recrutement appelé à servir de référence. Concrètement, le SYDEPS réclame la publication de la liste des postes ouverts, des critères d’éligibilité et de la ventilation régionale des affectations. À ce stade, aucune réponse officielle n’a été apportée aux interpellations du syndicat. Selon Dakaractu, Ibrahima Coulibaly entend poursuivre la mobilisation jusqu’à l’ouverture de négociations formelles avec les autorités sanitaires.

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