Fatima, 8 ans, est allongée sur un lit d’hôpital. Sa survie tient du miracle. Lorsque les combats ont éclaté à Khartoum, son village a été pris en étau entre deux lignes de tir. Même à l’abri dans sa maison, une balle l’a touchée à la tête. Rapidement prise en charge, elle a été opérée dans l’un des rares hôpitaux fonctionnels, soutenu par l’UNICEF.
“ À chaque fois que je regarde ma fille, je repense à la balle qui était dans sa tête et je pleure.”
L’histoire de Fatima est tragique mais loin d’être isolée. Elle fait écho à celle de Fatna, 12 ans, blessée à la jambe en fuyant les combats ; à celle de Nuha, 13 ans, qui a vu ses voisins être tués sous ses yeux. Et à celle de milliers d’autres enfants — déplacés, blessés, traumatisés — qui portent dans leur corps et dans leur tête les séquelles de la guerre.
Ces enfants ont besoin d’être soignés, opérés, vaccinés, nourris et soutenus. C’est précisément ce à quoi s’appliquent les équipes de l’UNICEF, aux côtés d’autres acteurs humanitaires, dans des conditions extrêmes, parfois à quelques kilomètres des lignes de front. Car au Soudan, soigner n’est pas un acte ordinaire. C’est un défi de tous les instants.
Soudan : un système de santé ébranlé
Le Soudan est devenu le théâtre de l’une des pires crises humanitaires au monde, avec un système de santé à l’agonie.
“Selon l’OMS, 70 % des infrastructures médicales ont été endommagées depuis le début du conflit.”
Ces derniers mois, les attaques contre les hôpitaux se sont intensifiées. A l’est du Darfour, ainsi que dans les États du Nil Bleu et du Nil Blanc, plus de trois attaques ont été recensées en seulement trois semaines. Des blocs opératoires ont été détruits, des salles d’urgence dévastées, des médecins et des enfants ont été tués.
Waleed, pris en charge pour malnutrition aiguë à Zamzam, a failli mourir quand l’hôpital a été touché par des tirs d’artillerie. Plusieurs personnes ont été tuées. Heureusement, sa mère Hawa a réussi à fuir avec ses enfants pour trouver refuge à Tawila.
Sur place, la situation des familles est désastreuse. L’afflux de milliers de déplacés et de réfugiés dans des régions déjà privées de ressources aggrave chaque jour la crise : l’eau potable se fait rare, les centres de santé sont saturés et les médicaments ainsi que le matériel médical manquent.
C’est dans ce contexte que le choléra, la diphtérie et des maladies pourtant évitables se propagent et tuent.
113 000 cas de choléra ont été recensés depuis 2024, causant 3 000 décès
10 000 nouveaux cas de paludisme sont enregistrés chaque jour avec 21 décès quotidiens
28 millions personnes n’ont pas accès à l’eau potable
3,4 millions enfants de moins de 5 ans exposés à des maladies mortelles
À cette catastrophe sanitaire s’ajoute une crise alimentaire majeure. Les difficultés d’accès aux soins, le manque de nourriture et l’insuffisance de l’aide humanitaire ont plongé 21 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire.

Au cours des prochains mois, la situation nutritionnelle du Soudan risque de se détériorer davantage.
0
L’UNICEF prévoit que 4,2 millions d’enfants pourraient souffrir de malnutrition, dont 825 000 de malnutrition aiguë sévère, la forme la plus grave et la plus meurtrière de cette maladie.
À ces blessures physiques s’ajoutent des blessures invisibles, des traumatismes que l’on ne voit pas, mais qui sont pourtant bien présents.
Dans les camps de déplacés, sur les routes de l’exode, des millions d’enfants ont vu leurs voisins, leurs amis, leurs parents être grièvement blessés ou tués sous leurs yeux.

Pour chacun de ces enfants, l’accompagnement psychosocial est aussi vital que les soins médicaux.
Soigner coûte que coûte : l’action de l’UNICEF
S’adapter aux réalités de la guerre, c’est le défi quotidien de nos équipes sur le terrain. Face à l’effondrement du système de santé, à l’augmentation des besoins, aux risques sécuritaires et aux obstacles administratifs, l’UNICEF déploie tous ses efforts pour que chaque enfant soit dépisté, soigné, vacciné et protégé.
Des équipes mobiles se rendent au plus près des populations — dans les maisons, dans les camps de déplacés — pour examiner, prodiguer les soins de première nécessité et identifier les cas de malnutrition.
En 2025, nos interventions ont permis à :
4,5 millions de femmes et d’enfants de recevoir des soins de santé de première nécessité
11,2 millions de personnes d’être vaccinées contre le choléra
6,8 millions d’enfants d’être dépistés pour identifier les cas de malnutrition
2,3 millions d’enfants et parents ont bénéficié d’un soutien psychosocial
Des victoires importantes qui restent fragiles face à la baisse des financements mondiaux. Chaque jour sans ressources supplémentaires met des milliers de vies en péril.
“Nous risquons de causer des dommages irréversibles à toute une génération d’enfants, non pas parce que nous manquons d’outils pour les sauver, mais parce que nous ne parvenons pas à agir collectivement avec l’urgence que cette crise exige.”
Crédit: Lien source

