Trois ans de guerre au Soudan – Agir d’urgence pour les femmes et les filles

En ce triste anniversaire marquant trois années de guerre civile au Soudan, nous souhaitons rendre hommage aux victimes de ce conflit et exprimer notre solidarité avec le peuple soudanais. Depuis avril 2023, ce conflit a plongé des millions de personnes dans une situation d’extrême précarité, marquée par les déplacements forcés, l’insécurité alimentaire et l’effondrement des infrastructures de base.

Au fil de ces trois années, la crise s’est installée dans la durée, devenant l’une des plus graves crises humanitaires actuelles selon l’ONU, sans pour autant susciter l’attention qu’elle exige. Ce conflit a déjà provoqué le décès de 200 000 personnes et le déplacement de plus de 14 millions de personnes à l’intérieur du pays et vers les pays voisins. La large majorité des hôpitaux ne fonctionnent plus et plus de 21 millions de personnes souffrent de la faim. La famine menace la vie de millions de personnes, surtout dans les régions du Darfour et du Kordofan.

Les femmes et les filles sont en première ligne de cette tragédie. Elles subissent de manière disproportionnée les conséquences du conflit : violences sexuelles utilisées comme armes de guerre, accès limité aux soins, interruption de la scolarité, mariages forcés, et précarité accrue dans les camps de déplacé·es. La stigmatisation sociale, la peur et les normes culturelles empêchent les victimes de violences sexistes de signaler les agressions ou d’accéder aux services nécessaires, qui sont en outre bien trop limités et sous-financés. Les services de santé sexuelle et reproductive, qui incluent l’éducation, l’accès au produit de base d’hygiène menstruelle et l’accompagnement médical des femmes enceintes, manquent cruellement et sont de plus en plus exclus des aides internationales sous la pression des forces réactionnaires, en premier lieu les Etats-Unis. Les personnes en situation de handicap sont confrontées à des risques accrus et à des obstacles pour accéder aux services de protection et prise en charge en cas de violence. Une fois de plus, le corps des femmes et des filles devient un champ de bataille, leurs droits fondamentaux sont bafoués dans une impunité totale.

Le Soudan ne doit pas rester une crise oubliée, il mérite notre plus grande attention médiatique et politique. Nous rappelons avec force que le respect du droit international humanitaire est une obligation pour toutes les parties au conflit. Nous condamnons fermement les entraves à l’action humanitaire ainsi que les violences systématiques commises contre les populations civiles, notamment les femmes et les enfants. De nombreuses exactions documentées, en particulier de très nombreuses violences sexuelles et basées sur le genre, s’apparentent à des crimes de guerre et à des actes pouvant être qualifiés de crimes contre l’humanité, auxquels s’ajoutent le risque de génocide ethnique dans l’Ouest du pays. L’impunité ne peut être tolérée.

Nous appelons le gouvernement, les institutions européennes et la communauté internationale à :

  • renforcer immédiatement l’aide humanitaire, en garantissant des financements à la hauteur des besoins ;
  • soutenir les organisations locales, notamment féministes, qui œuvrent au plus près des populations ;
  • mettre en place des mécanismes de protection spécifiques pour les femmes et les filles ;
  • agir diplomatiquement pour obtenir un cessez-le-feu durable et une solution politique inclusive.

Nous affirmons que toute perspective de paix durable passe par la pleine participation des femmes soudanaises aux processus de négociation et de reconstruction. Ignorer leur voix, c’est compromettre l’avenir du pays.

Nous exprimons notre solidarité pleine et entière avec la population soudanaise, ainsi qu’avec les organisations humanitaires locales et internationales qui, malgré des conditions extrêmement difficiles, continuent d’agir sans relâche pour venir en aide aux personnes les plus vulnérables.

Chaque jour supplémentaire coûte des vies, brise des trajectoires, détruit des espoirs. Nous refusons la banalisation de cette guerre. Nous appelons à une mobilisation immédiate, à la hauteur de l’urgence.

Aminata Niakaté, porte-parole Les Écologistes

Commissions Transnationale, Féminisme et Paix et Désarmement Les Écologistes

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