« Violences policières, violence d’Etat » : un séminaire autour de faits qui se répètent, notamment en Guadeloupe

Claude « Klodo » Jean-Pierre, Rony Cély, Liber Argelier… Tous trois sont tombés sous les balles ou les coups des forces de l’ordre, en Guadeloupe. Beaucoup crient à l’injustice. Le sujet mérite donc qu’on s’y attarde, selon les acteurs du pôle Guadeloupe du CAGI (Centre d’Analyse Géopolitique et Internationale), du laboratoire PHEEAC (Pouvoirs, Histoire, Esclavage, Environnement, Atlantique, Caraïbe) et de l’association CORECA (Contact Recherche Caraïbe). A l’occasion d’un séminaire, ils se penchent sur la question des « violences policières, violence d’Etat ; ce que nous disent les violences de la police et de la gendarmerie de la République« .

Ce séminaire intervient donc alors qu’il y a plusieurs dossiers de décès imputés à l’action des gendarmes dans l’archipel. Il arrive aussi dans le contexte des commémorations des évènements de mai 1967.

Des victimes majoritairement « non blanches » en France

L’intervenant sera Mathieu Rigouste, chercheur, sociologue et militant. En France, il indique que les chiffres relatifs aux violences policières restent inconnus.

« Dans tous les cas, les chiffres officiels manquent, ça c’est sûr, parce que le ministère de l’Intérieur, qui doit avoir ses propres chiffres, communique très peu dessus, sauf quand il y est forcé.  La plupart des chiffres sérieux dont nous disposons sont établis soit par des journalistes d’investigation, soit par les réseaux de militants.  En général, c’est un peu des deux.  Au début des années 2010, on était autour d’une douzaine de personnes tuées par la police, chaque année, en France métropolitaine coloniale et dans les territoires colonisés ; essentiellement , comme aujourd’hui, encore des personnes non blanches, soumises au système de racisation, issues des classes populaires. »

Mathieu Rigouste, chercheur, sociologue et militant

Ces faits font généralement l’objet d’enquêtes confiées à l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), ou à l’inspection de la gendarmerie nationale. Que dire du rôle de ces entités, censées être des garde-fous ?

« Ces institutions font partie de la machine, c’est-à-dire qu’elles sont à l’intérieur de l’institution policière, en collaboration avec l’institution judiciaire. Et ces institutions, qui sont soi-disant faites pour faire la vérité sur ces violences, en fait, la plupart du temps, servent à couvrir  les policiers. D’ailleurs, on voit ce phénomène-là jusque dans l’usage des caméras piétons, mais un peu à l’inverse.  C’est-à-dire que, moi, j’ai fait des entretiens avec les industriels qui vendent ces caméras piétons pour les policiers et, eux, les industriels, assument très bien le fait que c’est pour aider les policiers à expliquer pourquoi ils ont fait tel geste. »

Mathieu Rigouste, chercheur, sociologue et militant

Des « violences institutionnalisées« 

Mathieu Rigouste va plus loin dans la dénonciation. Pour lui, ce que la population interprète comme des drames sont des

« On a affaire à une mécanique organisée et pas du tout, ni à une sorte de tragédie qui serait inscrite dans l’Histoire de l’humanité, qui serait mauvaise, ni à quoi que ce soit qui soit tombé du ciel par hasard. Il y a bien un système politique et économique derrière ces violences d’État.  Ce n’est absolument pas un hasard si ce sont principalement des personnes non-blanches, issues des classes populaires, en métropole et dans les territoires  colonisés, qui meurent sous les coups de la police ou de la gendarmerie. En Guadeloupe et dans les Antilles, comme dans tous les territoires colonisés dit d’Outre-mer, c’est la gendarmerie qui intervient quasiment tout le temps, parce que la gendarmerie est une force militaro-policière qui a, depuis les conquêtes coloniales de ce territoire et depuis la formation de la gendarmerie, été en charge du maintien de l’ordre, donc d’un maintien de l’ordre militarisé dans ce territoire. »

Mathieu Rigouste, chercheur, sociologue et militant

Mathieu Rigouste plaide en faveur des luttes sociales de terrain, jumelées à la connaissance critique des évènements.

« C’est au cœur de mon travail. J’essaie de faire une socio histoire globale et connectée, du pouvoir impérial, des violences d’État… et on voit que, là, on n’a pas  du tout affaire à une anomalie.  Les périphéries colonisées ont, de tout temps, été gérées sous une forme de gouvernement militaro-policière et, du coup, on n’est pas du tout face à une anomalie, à une dérive ou à une bavure.  On est face au fonctionnement d’une machine socio historique. »

Mathieu Rigouste, chercheur, sociologue et militant

Les échanges se tiendront à l’espace régional du Raizet (Les Abymes) ; ils seront aussi diffusés sur la plateforme zoom du CAGI, ce samedi matin (16 mai 2026), de 9h00 à 11h00.

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